Suite à la demande d’un ami, je me suis intéressé à l’histoire d’une ferme. Celle-ci se trouve en bordure de la route d’Ansouis à Pertuis en bas du quartier de Croze, face à château Turcan (ancienne ferme de l’Hôpital).
Depuis au moins le milieu du XVIIIe jusqu’à la moitié du XXe cette ferme a appartenu à une famille Ollivier. N’ayant pas de lien avec cette famille, j’ai effectué la recherche sur les documents publics accessibles : état civil, recensements, cadastres, livrets militaires, tables des successions et absences. Concernant le cadastre, rappelons qu’il existe sous deux formes, les cadastre d’ancien régime qui sont des listes des propriétaires avec leurs biens fonciers, et les cadastres modernes, commençant par le cadastre napoléonien, comportant trois documents principaux le plan cadastral, l’état des sections qui numérote les terres, la matrice cadastrale, qui donne la liste des propriétaires sur la commune et de leurs biens[1]. J’ai aussi bénéficié du travail de bénédictin fait par de nombreux généalogistes amateurs ou professionnels pour analyser ces documents. Qu’ils en soient remerciés.
Ollivier est avec Sarlin le nom le plus fréquent à Ansouis. Dans la première moitié du19e, 6% des mariages au village concernent des Ollivier. Ce nom se trouve aussi fréquemment au 17e siècle et au 18e. [2] Dans le recensement de 1836, époque où la commune est la plus peuplée, il y a 13 familles Ollivier, comptant 34 individus portant ce nom[3]. Toutes ces familles ne sont pas nécessairement apparentées, Ollivier est un nom assez fréquent en France. L’objet de l’étude étant de connaître le destin de la famille habitant au quartier de la Croze les relations familiales entre tous les Ollivier d’Ansouis n’ont pas été étudiée.
Pierre Ollivier
Dans le cadastre de 1730 à 1791, un dénommé Pierre Ollivier, fils d’Elzéar dit Sibillion, possède des terres et une bastide dans le quartier de la Croze ainsi qu’au Précoutaou et sur Roqueventrenne. Il possède aussi une maison rue du Buis dans le village et des terres dans d’autres quartiers d’Ansouis.

Ce Pierre Ollivier, ménager (cultivateur propriétaire) appartient à une vieille famille d’Ansouis. On peut remonter dans l’état civil sur trois générations avant Pierre : son père Elzéar (né en 1680), son grand-père Jean (mort en 1705), et son arrière grand-père Pierre[4].
Il est né le 13 mai 1712 à Ansouis et se marie le 27 janvier 1744 avec Marie-Anne Maurillon (1726-1808)[5].
Le couple a 7 enfants dont 4 filles et 3 garçons. Deux de ces garçons Gaspard (1745-1815) et Elzéar (1766-1844) vont survivre à la mortalité infantile.
Les fermes des Ollivier au quartier de la Croze en 1831
Le cadastre napoléonien date de 1831 à Ansouis. Sur la section D-Les Patis feuillet 2, il y a deux fermes dénommées Ollivier au quartier de la Croze.
Elles sont au sud de la route d’Ansouis à Pertuis (départementale 56). Elles sont bordées toutes les deux par le Mardéric au Nord. La ferme la plus à l’ouest est bordée par le Vallat de Roqueventre. L’autre est bordée par le Vallat des Crozes.

D’après l’état des sections[6], elles appartiennent :
- Pour celle à l’ouest, à Elzéar Ollivier, le benjamin du couple Pierre Ollivier/ M-A Maurillon,
- Pour celle à l’est, à Jean-Pierre Ollivier, le fils de l’ainé Gaspard.
Les recensements, la matrice cadastrale, l’état civil permettent d’en savoir plus sur les deux exploitations et leurs occupants.
La ferme d’Elzéar Ollivier
D’après le recensement de 1841[7] habitent dans cette ferme :
- Elzéar Ollivier né en 1766,
- Magdeleine Sarlin sa femme, née en 1789 à Ansouis,
- Elzéar-Pierre Ollivier[8], leur fils né en 1816, et sans doute l’exploitant (Elzéar le père a 75 ans),
- Son épouse Marie-Marguerite Guyon née en 1819 à Villelaure,
D’après la matrice cadastrale[9], Elzéar Ollivier possède 5 hectares et 36 ares sur les quartiers mitoyens du Peigus, du Précoutaou, de Roqueventrène, enfin à la Croze où se trouve sa maison. Ses terres contiennent un bâtiment, de la terre arable, une jachère (hermès), de la vigne, une plantation de peupliers, des bois (sur Roqueventrene).
La ferme de Jean-Pierre Ollivier
Toujours d’après le recensement de 1841 habitent dans cette ferme :
- Jean-Pierre Ollivier, né en 1787,
- Marie-Marguerite Bressier, deuxième épouse de Pierre,
- Benoit Ollivier, le fils, né en 1827 du premier mariage de Pierre avec Rose Marie Allier.
Selon la matrice cadastrale[10], Jean-Pierre Ollivier possède 3 hectares et 80 ares également repartis sur les quartiers du Précoutaou et de la Croze. Ces terres comporte un bâtiment, de la terre arable, deux jachères (hermès), de la vigne, et une aire de battage.
Il est probable que les deux exploitations devaient être exploitées conjointement. Il n’y avait qu’une aire de battage (chez Jean-Pierre) et Elzéar avait des bois ce qui n’était pas le cas de Pierre. Il y avait donc une certaine complémentarité entre les deux fermes. Ajoutons qu’entre les deux fermes se trouve une zone de jardin arrosée grâce à un puit se trouvant à côté de la maison de Jean-Pierre.

Par contre l’exploitation s’est resserrée. La maison rue du Buis que Jean-Pierre le ménager possédait au 18e ainsi que les terres éloignées du quartier de la Croze ont été vendues ou cédées à l’une des sœurs.
La passation à Elzéar-Pierre
Elzéar Ollivier décède le 16 octobre 1844, à l’âge respectable de 78 ans[11] (relevé Filae des archives d’état civil).
C’est son fils Elzéar-Pierre Ollivier qui hérite en 1848 de toutes les terres d’Elzéar.
Il a déjà commencé à acheter des terres mitoyennes du domaine de son père. Il a acheté des parcelles au Précoutaou en 1841, à la Croze en 1843, au Précoutaou la même année, à Roqueventrène, au Frigoulet.
Après avoir hérité du domaine, il va continuer à s’étendre au Précoutaou en 1849 et 1852.
Le recensement de 1851 permet de connaître la petite communauté qui habite à la ferme :
- Elzéar-Pierre Ollivier,
- Son épouse Marie-Marguerite Guyon,
- Elzear-Honoré Ollivier leur fils ainé 9 ans (né en 1847),
- Barthélémy-Urbain Ollivier, le cadet 6 ans (né en 1850 et qui décède à 19 ans en 1869),
- Pascal-Auguste Ollivier le benjamin âgé de 4 mois.
Dans la maison mitoyenne il y a toujours :
- Jean-Pierre Ollivier,
- Marie Bressier,
- Benoit Ollivier le fils.
Dans cette même maison habite aussi Marguerite Sarlin, veuve d’Elzéar Ollivier, mère de Elzéar-Pierre, qui peut-être ne s’entendait guère avec sa bru.

Jean-Pierre et Benoit vont progressivement vendre leurs terres à Elzéar-Pierre et quitter Ansouis. En 1863 ils ont tout vendu sur Ansouis. Jean-Pierre décède en 1862 à Grambois. Benoit décède en 1901 à Pertuis.
Le 12 mai 1857, Elzéar-Pierre Ollivier décède à Ansouis à l’âge de 40 ans. A ce moment il possède environ 7 hectares. Marie-Marguerite Guyon, veuve Ollivier, devient le chef de ménage avec trois enfants en bas âge.

Marie-Marguerite Guyon veuve Ollivier propriétaire
D’après le recensement de 1861, elle habite toujours à la Croze avec ses fils Honoré-Elzéar, Barthélémy-Urbain et Pascal-Auguste, ainsi qu’avec Marguerite Sarlin, la mère de son défunt mari. Elle a engagé un ouvrier agricole Joseph Blanc qui l’aide à mener les terres. Dès le recensement de 1866, l’ouvrier agricole n’est plus là. Ce sont les fils âgés de 19, 15 et 10 ans qui aident au fonctionnement de l’exploitation (ils sont tous les trois désignés cultivateurs sur le recensement).
La fiche d’Elzéar-Pierre sur la matrice cadastrale reste ouverte. Le plus probable, c’est que l’héritage de Pierre-Elzéar reste indivis entre ses trois héritiers (qui ne sont plus que deux après le décès de Barthélémy-Urbain). Elle continue à être mouvementée avec des achats et des ventes jusqu’en 1902, probablement grâce à des mouvements en capital. En 1902 (dernier mouvement de la fiche) l’exploitation fait 6 hectares 70 ares.
A côté, avec les revenus de l’exploitation, Marie-Marguerite Guyon achète des terres et des biens à son nom. Elle étendre le domaine achetant des terres à la Pousterle, Bessière, Précoutaou, petit Pibareau, l’Estagnol, les Fourques, la Bonaud, la Perriere ainsi que deux maisons ou morceaux de maison dans le village. Elle a ainsi 5 hectares 9 ares en propriété personnelle[12].
L’exploitation fait donc au total 11 hectares, 79 ares.
Comment expliquer cette soif d’acheter des terres souvent minuscules ? Il faut d’abord rappeler qu’au début du 19e, Ansouis comprend plusieurs grands domaines appartenant à des aristocrates d’Aix. Il y a les Villeneuve-Ansouis, propriétaires du château, les Saqui propriétaires de Sannes, les Portalis propriétaires de Martialis, les Forbin-Janson propriétaires de la Vaquette. Certaines de ces terres sont immenses : par exemple, le domaine de Martialis fait plus de 200 hectares[13]. Le rendement de ces terres s’effondre tout au long du siècle. D’abord pour des raisons d’épidémie, maladie du vers à soie sur lequel Pasteur est appelé à la rescousse, maladies de la vigne importées des Etats-Unis, Mildiou, phylloxera. Ensuite pour des raisons de concurrence : la garance des teinturiers est remplacée par l’alizarine, colorant chimique produit par BASF, les céréales sont concurrencées par les grains venus des plaines du Bassin parisien, grâce au développement du chemin de fer. Les grands domaines sont progressivement vendus. Quelques grandes familles originaires du village rachètent des parcelles de ces domaines (Zozime de Sabran rachète le château et quelques terres alentours, les Sarlin rachètent le Grand Cassan). Mais l’essentiel est repris par de petits propriétaires comme les Ollivier de la Croze grâce à l’effondrement des prix des terres
Pascal-Auguste Ollivier propriétaire
Marie-Madeleine Guyon reste chef de famille, propriétaire et patron jusqu’au recensement de 1901 (elle a 81 ans). Ses deux fils, Honoré-Elzéar et Pascal-Auguste restent avec elle et sont désignés ouvriers agricoles, au même niveau que le domestique de la maison, Marc Guyon. Pascal-Auguste est marié depuis le 28 octobre 1879 à Ansouis avec Clémentine-Lucie-Adeline Daniel, née le 14 février 1857 à Ansouis[14]. Ils auront 3 enfants dont deux meurent en bas âge Clément (1881) et Valentine (1888-89). Marie-Louise-Blanche qui survie est née le 6 septembre 1882 à Ansouis.
Enfin Marie-Marguerite décède le 30 mars 1903 à l’âge de 83 ans.
Elzéar-Honoré et Pascal-Auguste restent ensemble. Mais ce dernier étant le seul à s’être marié et à avoir une descendance, il est le père de famille. Clémentine-Lucie-Adeline son épouse meurt le 20 avril 1907. Marie-Louise-Blanche se marie le 16 décembre 1909 à Ansouis avec Faustin Roche né le 15 février 1876 à Ansouis[15].
Ce Faustin a fait son service plutôt deux fois qu’une d’après son livret militaire[16]. Il a été appelé en le 16 novembre 1897 au 11ème régiment de hussards. Il est réformé pour surdité le 21 mai 1898. Il est cependant rappelé et déclaré bon pour le service au 27ème bataillon de chasseurs à pied le 8 décembre 1914. Le 29 octobre 1915, il est classé en service auxiliaire le 29 octobre 1915 pour « tympan perforé, otite moyenne suppurée, et forte diminution de l’acuité auditive ». Il est renvoyé enfin à Ansouis le 4 juillet 1917 car « propriétaire d’une moissonneuse ». La guerre a provoqué une pénurie de bras pour manier la faux. Les propriétaires de moissonneuses sont devenus des techniciens qualifiés dont le village ne peut se passer.

Honoré-Elzéar Ollivier meurt à Ansouis le 11 octobre 1922[17] . Marie Louise meurt le 4 décembre 1929 à Pertuis. Elle n’aura pas eu d’enfant. Faustin se remariera avec une certaine Claire-Jeanne-Jean et décèdera à son tour le 15 avril 1946.
Pascal-Auguste Ollivier décède le 4 juillet 1931 à Ansouis[18]. Il n’a pas d’héritiers directs ou même indirects. Le règlement de la succession a dû être difficile pour les notaires. Une mention sur la table précise que les biens ont été vendus en 1980.
C’est ainsi que s’achève l’histoire des Ollivier de la Croze.

[1] Voir la chronique https://martialis.blog/2025/09/02/la-matrice-cadastrale/
[2] Etudes des registre paroissiaux et d’ état civil par le cercle généalogique de Vaucluse (réédition 2000)
[3] Analyse du recensement 1836, j’ai compté comme famille Ollivier toute famille ayant au moins un membre dénommé Ollivier, et comme individu Ollivier les membres de ces familles dont le nom de naissance est Ollivier. Les épouses ayant un nom de naissance différents ne son pas comptées.
[4] Geneanet https://gw.geneanet.org/philibert171?n=ollivier&p=pierre&oc=0
[5] Geneanet relevés collaboratifs https://www.geneanet.org/releves-collaboratifs/view/60916
[6] AD84 Ansouis 3P3 10
[7] AD84 Ansouis 6M36
[8] Comme dans la plupart des familles, les Ollivier donnent à leurs enfants les prénoms de leurs aïeuls. Qui plus est, sur les documents officiels, les rédacteurs choisissent de donner l’un ou l’autre des prénoms : Elzéar Pierre peut être soit Elzéar, soit Pierre. Pour essayer d’y mettre de l’ordre je désigne dans la suite de cette étude les personnes par leurs deux prénoms reliés par un tiret.
[9] AD84 Ansouis 3P3 11 et 12 propriétaire 284
[10] AD84 Ansouis 3P3 11 et 12 propriétaire 297
[11] Relevé Filae des archives d’état civil de AD 84
[12] AD84 Ansouis matrice cadastrale 3P3, propriétaire
[13] AD84 Ansouis 3P3 état des sections, propriété de Philippe de Portalis.
[14] Source Geneanet arbre de Magali Receveur
[15] Relevé des mariages fait pour Geneanet
[16] AD84 Livret militaire de Faustin Roche matricule 192 de l’année 1896
[17] source arbre de Magali Receveur sur Geneanet
[18] table des successions et absences de Pertuis relevée pour Filae
Bravo et merci pour ce beau et interessant travail !G O
Envoyé depuis la toute nouvelle application AOL pour iOS
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Merci Cela encourage à continuer
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