Suite de la chronique l’enfance de Suzanne
En 1947, une amie de Marthe, la mère de Suzanne, Mme Jeanne Chastel, née Tudelea, appelle pour faire part d’une opportunité intéressante. Elle est la gérante de l’épicerie Comtadine du Pontet. Elle a appris que la gérante de l’épicerie la Comtadine de Montfavet souhait s’arrêter. En effet son mari, employé à l’hospice des handicapés s’est suicidé en se pendant dans l’épicerie.
Suzanne ne craint pas les revenants, ni les mauvais sorts et elle décide de reprendre cette épicerie. Elle est bien placée entre la mairie et l’église, au bord de la Nationale 7. C’est une bonne occasion pour qui veut travailler.

Suzanne va visiter la boutique. Elle est sombre. Les vitres des fenêtres sont encore recouvertes de papier pour masquer les lumières pendant les couvre-feux afin d’éviter les bombardements. Robert et Jacquou, le jeune frère de Suzanne, en permission, se chargent de remettre en état la pièce. Suzanne devient la gérante du magasin en octobre 1948.
Les murs de l’épicerie appartiennent à Mme Marie Guillaume ainsi que trois autres maisons mitoyennes, celle qui devait devenir l’auto-école, la maison des Ricard et celle des Panuchaux. Suzanne passe avec elle un contrat de bail.
L’activité de l’épicerie débute bien grâce à une clientèle particulière : les routiers de la Nationale 7.
Depuis le XIXe, Cavaillon est devenu une plate-forme d’échange de fruits et légumes. De tout le Vaucluse et un peu des Bouches-du-Rhône, du côté de Chateaurenard ou Graveson, paysans et expéditeurs locaux amènent leurs produits : le cantaloup, puis le melon charentais, la tomate, les aulx, les aubergines, les asperges, les pommes de terre, etc. Tous ces produits partent vers toute la France et particulièrement vers les Halles de Paris. Le transport se fait par chemin de fer, puis à partir du moment où on sait faire des camions frigorifiques, par véhicules routiers. En 1957, 64 500 tonnes partent par le chemin de fer et 56 600 par la route[1] .
Les camions vers Paris empruntent la nationale 7. Lorsqu’ils passent dans Montfavet, les routiers s’arrêtent et garent leur camion sur la place de l’église, ils vont acheter un pain à la boulangerie, et entrent dans l’épicerie de Suzanne pour acheter charcuterie et fromage. Un jambon pouvait partir dans la matinée.

Suzanne est bien occupée. Robert l’aide comme il peut. Tous les jours il va au marché de Cavaillon pour acheter les fruits et légumes nécessaires à l’épicerie. Mais il continue à travailler dans l’usine de Réalpanier. Après avoir travaillé à la forge, Robert est devenu responsable des travaux de l’usine et secrétaire du comité d’entreprise. A ce poste il négocie pour obtenir un 13ème mois. Le directeur de l’usine, Ollivier, y étant opposé, il contacte et négocie directement avec Jean Gassier, le président de la société.
Le 16 mars 1953, le couple accueille un deuxième enfant, Gérard. Cette naissance a lieu à la maternité des Marmousets, à Avignon. Il est premier des descendants de Gabriel qui ne nait pas à Réalpanier. La famille s’étend encore en 1962 avec l’arrivée de Martine. C’est la fille de Jean le frère de Robert. Sa femme est partie. Comme Fernande l’avait fait avec sa nièce, Suzanne et Robert vont accueillir Martine. La situation envisagée au départ comme temporaire sera définitive.

En 1954, Marie Guillaume, la propriétaire, décède. Son héritage aurait dû revenir à son frère Marius. Celui-ci travaillait à l’institut Saint Ange, qui reçoit des enfants handicapés et polyhandicapés à l’entrée de Montfavet. Mais Marius a eu un accident fatal. En passant près de l’épicerie, Il a reçu une tuile détachée d’un toit et qui lui est tombé sur la tête. C’est leur nièce Constance Guillaume, dite Tancette qui hérite du petit ensemble immobilier qui appartenait aux Guillaume. Tancette est infirmière. Elle a travaillé d’abord dans un sanatorium en haute Savoie, puis au sanatorium de Roquefraiche à Lauris, où elle reste avec son amie Brule jusqu’à la retraite. Entre temps Tancette, en relation régulière avec les Chiousse, est devenue un véritable membre de la famille.
Autre changement important, l’évolution de la clientèle. Les camions frigorifiques venus de Cavaillon sont de plus en plus gros. Ils passent de moins en moins facilement sous le pont de la voie de chemin de fer à l’entrée du village. Les chauffeurs égarés peuvent s’en sortir en dégonflant les pneus pour pouvoir passer sous le pont, mais cet expédient marche de moins en moins. Ils vont donc rechercher d’autres voies de passage. En 1961, c’est l’ouverture d’une déviation reliant la Chartreuse de Bompas à Bédarrides. Cette nouvelle voie sera intégrée à l’autoroute A7 en 1965. Il y aura bien quelques camionneurs qui chercheront à éviter la section à péage en passant par l’ancienne route, mais désormais le cours du Cardinal Bertrand de Montfavet où se trouve l’épicerie sera plus calme.
La perte de la clientèle des routiers n’empêche pas l’épicerie de se développer, profitant de la croissance démographique de Montfavet.
Elle se développe progressivement. L’épicerie commençant à marcher suffisamment bien pour payer deux salaires, Robert démissionne de la société Agricola. Désormais tous les matins il enfile la blouse grise pour manipuler les marchandises, remplir les rayons, sortir les cageots qu’il est allé chercher tôt matin aux halles de Cavaillon. Bientôt il faut plus de main d’œuvre. Mireille les rejoint puis Martine. Gérard est chargé des livraisons aux clients après l’école.

Chaque année toute la famille prend l’habitude de monter en Andorre pour les vacances.
La petite épicerie est agrandie pour recevoir toujours plus de clients et mieux les satisfaire. Elle occupe bientôt tout le rez-de-chaussée de la maison. Devant, sous l’auvent, se trouve les fruits et légumes frais. Au fond dans les bacs réfrigérés, la charcuterie et les fromages. Entre les deux l’épicerie sèche, les conserves, la droguerie. Le rayon des pates est spectaculaire. Des coquillettes aux spaghettis on trouve de tout. Les clients de Suzanne doivent savoir que tout ce dont ils ont besoin est chez elle.
Et l’autre chose que les clients trouvent chez Suzanne, ce sont des nouvelles fraiches. Suzanne et Mireille commencent la journée en lisant le journal local. Elles font ainsi provision de sujets à discuter avec leurs clientes. Il parait que votre fille vient d’accoucher d’un petit dernier ? Mes condoléances pour la mort de votre père. Vous savez qu’il y a loto demain soir au Secours Catholique ? Les informations s’échangent en même temps que les laitues, les rondelles de mortadelle, ou les bouteilles de Cinzano. Au centre du village, l’épicerie est aussi au centre des conversations.



Le maire de Montfavet

Le village de Montfavet est à l’est de la ville d’Avignon. Il s’est développé à partir du Moyen-Age autour de son église, Notre Dame de Bon Repos. Montfavet est un village et non une commune, le bourg étant rattaché administrativement à la commune d’Avignon. Régulièrement la question revient de faire de Montfavet une commune de plein exercice. Cela a déjà eu lieu pour des villages voisins : Morière d’Avignon (indépendante depuis 1870), Le Pontet (indépendant depuis 1925). Pour Montfavet, cette indépendance est plus compliquée à obtenir. Au sortir de la deuxième guerre, Montfavet compte environ 3000 habitants sur les 60000 de la commune. Mais si démographiquement Montfavet est petit, il représente 40 % de la surface de la commune. Surtout sur cette surface se trouvent des entités économiques qui contribuent au financement de la commune : L’hôpital psychiatrique de Montdevergues créé par ordonnance royale de 1839 et qui a accueilli Camille Claudel pendant trente ans ; l’aéroport d’Avignon créé en 1937 et dont l’exploitation commence avec le premier vol en 1948, La station de l’Institut National de Recherche Agronomique (INRA devenu INRIA) créée en 1946. Autour de ces premiers établissements sont venus ensuite de nouvelles entreprises (citons parmi les plus anciennes les réglisses Florent ou Jules Pernod, l’une des origines du groupe Pernod Ricard). L’appartenance à Avignon n’a pas bridé le développement du village, bien au contraire. Montfavet est donc un élément important de la vie économique d’Avignon, trop essentiel pour en être séparé.
En même temps le village a depuis longtemps une réalité administrative propre. Depuis un décret du 27 août 1894, il existe un adjoint spécial de Montfavet parmi les adjoints au maire d’Avignon. Il y a aussi une mairie annexe, une gare et même un code postal spécifique.

Depuis 1950, l’adjoint spécial, maire de Montfavet, c’est Charles Favier. Charles, c’est la famille. Sa fille Mireille a épousé Jacquou en 1955. De plus Charles et Robert se rencontrent à l’église. La famille Chiousse est un pilier de la Paroisse. Mireille, Gérard, Martine font leurs communions et leur confirmation. Suzanne et Robert contribuent à l’organisation des lotos. Et même Robert participe à la crèche vivante de la paroisse au côté de Charles. Celui-ci cherche un successeur et il conseille à Robert de présenter sa candidature à Duffaut, le maire d’Avignon. Henri Duffaut (1907-1987) est maire depuis 1958. Il a succédé à Edouard Daladier dont c’était la fin de la longue carrière politique. Duffaut, c’est un socialiste tendance Defferre. Un de ces socialiste qui n’avaient pas oublié la scission du congrès de Tour en 1920 et qui refusaient toute alliance avec les communistes. L’entrée d’un membre de la société civile, encarté auprès d’aucun parti, lui allait bien.

En 1965, Robert devient conseiller municipal d’Avignon. A partir de 1970, Charles Favier a des problèmes de santé. Robert est obligé de le remplacer à plusieurs reprises dans sa charge d’adjoint. C’est donc tout naturellement que Duffaut le nomme adjoint spécial chargé du quartier de Montfavet en 1971. Il va conserver cette charge pendant 3 mandats. Il est renouvelé en effet par Duffaut en 1977. Puis en 1983, le contexte politique a changé. Duffaut doit faire de la place aux alliés de l’Union de la gauche. Il souhaite confier la charge de responsable de Montfavet à un socialiste. Robert décide de se retirer, avec quelques collègues dans la même situation, il est approché par l’adversaire de Duffaut, Jean-Pierre Roux, porté par le RPR. Il s’engage donc auprès de celui-ci. Duffaut est largement battu dès le premier tour aux élections du 3 mars 1983. Roux reconduit Robert dans sa fonction d’adjoint. En 1989, Robert se représente sur la liste de Jean-Pierre Roux, mais, celle-ci est battue. Robert se retire définitivement de la vie politique, remplacé par Roger Bezert, un ancien forgeron comme lui.

Pendant ces trois mandats Robert accompagne le développement du village. A la fin de son dernier mandat, la population atteint environ 6000 habitants, elle a doublé depuis la guerre.
Chaque matin, après 10 heures, la mise en place du magasin étant terminé, Robert se dirige vers la mairie pour expédier les affaires courantes, préparer les mariages, préparer le conseil municipal de la ville. L’extension démographique du bourg implique la construction d’un certain nombre d’équipements collectifs :
• Transformation de l’état civil ;
• une maison du 3ème âge ;
• le lotissement du quartier des Broquetons qui accueille l’établissement local d’Emmaus,
• un CES, l’école Sainte Catherine, une maternelle qui remplace l’ancienne maternelle ;
• des équipements sportifs : un 2ème stade, un gymnase et d’une salle de judo.
A l’occasion de l’inauguration du centre Emmaus, il reçoit l’abbé Pierre à l’époque une personnalité admirée de tous.
Mais la célébrité du village, c’est le Christ de Montfavet. Georges Roux (1903-1981) est un ancien agent de l’administration des postes à Paris puis Avignon. Il manifeste des pouvoir de guérisseur, puis il se présente comme la réincarnation du Christ. Il vit dans une grande maison à Montfavet (d’où son surnom). L’église catholique et les différentes religions ne lui manifestent aucune empathie et il fonde sa propre religion l’Église chrétienne universelle. Le christ de Montfavet attire régulièrement des journalistes, curieux de comprendre cette secte étrange. S’ils ne parviennent pas à avoir un interview, ils se rabattent sur le maire du village pour la plus grande joie de ses neveux et nièces (« il y a tonton qui passe à la télé »).
Changement de générations
On nous apprend étant jeune qu’un jour nous aurons des enfants, et qu’il faudra les éduquer, les élever, subvenir à leurs besoins jusqu’à ce qu’ils soient capables de se prendre en main. On nous explique moins que l’âge venant il faudra nous occuper de nos parents.

En 1975, le service militaire étant passé, Gérard se marie avec Renée Tan et quitte définitivement la maison. Martine suit bientôt en se mariant avec René Zapata un coureur du Christophe Vélo club de Montfavet (voir plus loin).
Les parents de Robert décèdent relativement jeunes : Fernande en 1962 à 71 ans, Prosper en 1971, à 70 ans. Il n’en est pas de même pour ceux de Suzanne.
Antonin quitte son poste de chef des services administratifs de l’usine AGRICOLA pour prendre une retraite méritée. Il achève ainsi une carrière commencée 50 ans auparavant.
Antonin avait prévu de passer sa retraite à Martialis dans l’ancienne ferme dont Marthe avait hérité. Il avait commencé à l’aménager, installant une vraie cuisine et une salle de bain. Mais, ces projets s’arrêtèrent pour raison de santé. Une opération de la prostate le laisse affaibli. Suzanne obtient que Marthe et Antonin restent à Montfavet. Ils s’installent dans un petit appartement entre l’épicerie et la Mairie du village. A part des séjours à Martialis pendant l’été, ils restèrent dans cet appartement jusqu’au décès de Marthe le 6 juillet 1982. Antonin n’a pas le courage de rester seul dans l’appartement qu’il occupait avec elle. Il s’installe chez Suzanne et Robert jusqu’à son décès le 3 juin 1984.

Le Christophe Vélo Club
L’épicerie, la mairie, la paroisse, la famille ne suffisaient pas à occuper Robert et Suzanne.
Parallèlement, Robert et Suzanne, aider par Mireille et Gérard ont mené une activité importante de dirigeants du club de vélo de Montfavet. Le Christophe Vélo Club Montfavet a été fondé en 1963 par une petite équipe menée par François Gaillardet. Robert rejoint son instance dirigeante lors de son premier mandat de conseiller municipal. Il sera président du club de 1990 à 2001 (il est remplacé par son fils Gérard).
Cela occupe les Week-End : amener les coureurs aux courses, participer au balisage, au fléchage et au traçage du parcours, placer les bénévoles, organiser les ravitaillements et l’arrivée de la course, etc. Il faut aussi organiser les entrainements dans la semaine, se concerter régulièrement aux conseils d’administration.
En remerciement pour son dévouement, Robert a reçu 8 décorations pour cette activité, dont le Mérite Cycliste et la Médaille d’or de la Jeunesse et des Sports.
Les 50 ans
La retraite se rapproche, et Robert et Suzanne aimeraient bien faire une dernière grande fête avant le départ. Ils organisent donc l’anniversaire de leur mariage le 3 mai 1986. Tout le ban et l’arrière-ban de la famille est convoqué pour ce jour-là : tous les Fouque et les Chiousse sont là, il y a là Max et Jacquou les frères de Suzanne, Fernand le frère de Robert, les Christof Marie et André, le cousin Léovic Achard. Et tous sont venus avec les enfants, petits-enfants, …






Les festivités commencent par une messe en l’église Notre Dame du bon repos à 11 heures. Enchaine la partie principale de la fête : le repas dans la grande salle annexe de la mairie, un repas comme nous n’oserions plus le faire. On attaque par les cochonnailles et leurs petits légumes, la cassolette de Lotte, le charolais en habit d’or et le suprême de volaille en robe blanche, la fraicheur du jardin, les fromages de partout. On respire un coup avant d’attaquer les desserts rubis en robe de mariée, et le monument historique rénové (autrement dit la pièce montée en chou à la crème et nougatine). Pour faire passer tout cela, Robert a fait livrer Tavel, Côtes du Rhone, Gigondas et champagne. On finit avec les cafés et les liqueurs.
On se relève et on danse pour finir la fête. C’est sans regrets qu’on va pouvoir partir en inactivité.
La retraite
Le 1 avril 1987, Robert et Suzanne prennent leur retraite et vendent le fonds de commerce de l’épicerie. Ils conservent les murs qu’ils avaient racheté à Tancette. Mireille va travailler à l’hypermarché Auchan du Pontet. Et ils s’installent tous les trois dans la maison de la rue du Coucher de lune dans les faubourgs de Montfavet.
Puis, Suzanne devient l’organisatrice d’innombrables repas, où les cousins refont le monde et se racontent les dernières nouvelles.
Elle fabrique aussi du vin de noix, d’orange, de pèches, des oreillettes, du pâté de lapin, de la pompe à huile, des rochers congolais, du pain arabe. Elle note scrupuleusement les recettes dans le livre du grand-père Gabriel. Généreuse, elle envoie chaque année pour Noël des paquets plein de gâteaux et de bouteilles à ses neveux et nièces (en espérant que personne ne se servira pendant le transport).
Ils vont aussi visiter tout le monde : Max et Jacquou installés à Ansouis et Pertuis, Marie et André, Elie et Bernadette au Pontet, ainsi que Suzanne et Albert, Annie et Albert Jacob dans leur ferme de la Mornasse à Piolenc, Martine et René à Mornas, Fernand et Marie-Rose à Vénéjan dans le Gard. Ils accompagnent aussi Annie et Albert dans leurs recherches généalogiques. Ils se font connaître au musée de Moustiers où ils voient le sceau qui a été donné au musée au moment du décès de Toussaint, l’arrière-grand-père.
Ils accompagnent Mireille pour suivre des courses. Elle est devenue la secrétaire puis la présidente du de l’Etoile sportive cavaillonnaise
Les décès arrivent aussi : Marie et André nous quittent en 1996 et 97, Max disparait en 2003, Jacquou en 2006.
Robert et Suzanne ne rajeunissent pas mais cherchent encore comment se rendre utiles. Chaque jour, Robert va à l’église pour l’ouvrir. Il s’installe au fond de la nef, et attend les fidèles qui veulent prier ou mettre un cierge, les touristes qui viennent visiter ce monument.
Il décède du cancer dans sa maison le 12 juin 2009, et est inhumé au Pontet dans le caveau familial le 16 juin.
Hommages
Des gens aussi actifs ne font pas que des heureux. Il y a des jaloux, des ennemis, et des emmerdeurs tout simplement qui ne savent que casser les pieds de ceux qui travaillent. Mais après la mort, tout le monde trouve toutes les vertus à ceux qui sont partis. Les hommages se succèdent pour Robert qui nous a quitté. La ville se demande comment honorer celui qui l’a si bien servi. Finalement il est décidé de donner son nom à un gymnase. Celui-ci est inauguré le samedi 26 mai 2012 par François Leleu, adjoint au maire en charge de Montfavet. La cérémonie est faite devant Suzanne.

Madame Roig, maire d’Avignon, n’a pas pu venir, mais elle avait préparé son discours dont voici quelques extraits.
« Robert Chiousse était de ces hommes au service des autres, à leur écoute, disponible. Toujours prêt à honorer le mandat municipal que les Avignonnais lui avaient confié en étant sur le terrain, attentif aux besoins de ses concitoyens.…
C’est ainsi qu’il fut élu durant quatre mandat, de 1965 à 1989, au service des Avignonnais et des Montfavétains en particulier puisqu’il fut adjoint spécial à Montfavet durant ses trois derniers mandats, de mars 1971 à mars 1989.
Associer aujourd’hui son nom à ce gymnase de la Martelle – qui s’appellera désormais gymnase Robert Chiousse – est tout à fait légitime car il fut aussi un adjoint très engagé dans le domaine sportif….
Il fut donc un citoyen engagé, soucieux du bien-être de tous et du progrès de sa ville. A ce titre, nous lui sommes redevables de notre estime d’élus. …
Ces élus au plus près de la gestion de leur ville et des intérêts des habitants, qui n’attendent pas forcément des témoignages d’affection en retour, et qui sont les dépositaires naturels des besoins, des colères parfois, mais des espoirs aussi de leurs concitoyens.«
Suzanne reste seule
Suzanne reste seule entourée par Mireille et Gérard. Elle se replit sur elle-même doucement, a besoin d’un déambulateur puis d’une chaise roulante pour se déplacer, mais pendant très longtemps elle garde encore toute sa tête. Corinne une de nos amies qui la rencontre pour la première fois lui dit qu’elle est un modèle et un espoir pour nous, en montrant que l’on peut vivre âgé et pleinement conscient.

Finalement, le 15 décembre 2017, Mireille nous appelle pour nous avertir du décès de sa mère dans la maison de la rue du Coucher de Lune.
Le mercredi 20 à neuf heures nous nous sommes rassemblés autour du cercueil. La gorge nouée, nous n’avons rien pu dire. Seule Marjorie la courageuse a pu prononcer quelques paroles personnelles pour sa grand-mère. Mireille nous a entrainé dans un dernier « je vous salue Marie ».
Nous sommes ensuite partis pour l’église Notre Dame du Bon Repos. La famille, les amis, les voisins nous attendaient. Alice Caste est venue depuis Ansouis. Nous avons écouté les lectures, les quelques mots du curé. Puis à nouveau nous nous sommes réfugiés dans ces prières des temps anciens que nous connaissons tous par cœur. « Notre père », le « Credo », la « Prière des scouts », et à nouveau, pour finir, le « Je vous salue Marie ». Il était l’heure de l’enterrement.
Nous voilà au cimetière du Pontet. Le mistral souffle, vent glacé qui nous fait battre la semelle. Nous sommes sous le grand pin devant le monument aux morts. La tombe est ouverte prête à recevoir le cercueil. Les raquettes, les coussins, les bouquets de fleurs nous entourent. Quelques mots de l’officiant, un moment de recueillement, nous jetons quelques fleurs et le tombeau est refermé.
Il est trop tôt pour se séparer. Nous nous retrouvons dans la maison de Montfavet. Il y a quelques amis, Mireille et Gérard, Martine et sa famille, Fernand et Rose-Marie, les cousins Christof (manque Suzanne restée auprès d’Albert qui a été opéré le matin), les cousins Fouque, Michel et moi. Un peu de charcuterie, du fromage et du pain. Ceci est arrosé d’un pastis, de Côtes-du-rhône rosé venu de Valréas, du café, un peu d’alcool de prune au fond de la tasse. Nous regardons de vieilles photos. Nous revoyons ceux qui sont partis, Suzanne, Robert, Maxime, Jacquou, Renée, l’air jeune et godiche de ceux qui sont encore là. Et puis nous faisons un tour de l’actualité de chacun, le déménagement de Thierry, la recherche par Michel de prairies pour sa manade, les résultats scolaires de Julien qui veut devenir vétérinaire. Nous n’en finissons plus d’échanger nos souvenirs et nos projets.
Mais il est l’heure de partir, certains veulent rentrer avant la nuit et le train n’attend pas. Michel m’amène. Nous longeons la rive de la Durance. Le soleil couchant éclaire les forets d’ajoncs. Les neiges sur le Ventoux sortent des nuages.
Suzanne aurait aimé partager cette journée avec nous.
Conclusion
Pour finir, laissons la parole à Suzanne. A l’occasion de leur mariage, Suzanne a recopié de petits poèmes en prose pour ses frères. Voici celui qui a été écrit pour Max. Je n’ai pas trouvé son auteur, mais il a été recopié sur un journal (il est facile de trouver sur internet ce texte issu de journaux des années 30 toujours avec anonyme comme auteur).
Recette du bonheur conjugal
Mettez dans un bocal
2 ou 3 livres d’espoir
Ajoutez un peu
De petits soins
Une mesure de gentillesse
À votre goût de bonne humeur
4 ou 5 pots d’obéissance
5 ou 6 livres de douceur
Et un peu de variété
Mettez-y de la gaieté
1 milligramme de folie
Pour le sel, n’en mettez qu’un peu
Si vous changez la quantité
Au lieu d’une once, mettez-en 2 de patience
Faites cuire le tout à feu doux
Avec une chaleur douce
Vous obtiendrez ainsi
Une galette bien faite
Dont un morceau chaque matin
Suffit pour améliorer la vie
Crédits
Les photos font partie des archives de Thierry Fouque, dont certaines transmises par Suzanne elle-même et par sa fille Mireille, sauf la photo de l’inauguration du gymnase publiée le 12 mai 2012 dans le Dauphiné Libéré

[1] PPT aux origines du MIN (origines_min_diapo_aa.ppxt.ppt) sur le site de la Mairie de Cavaillon.
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