« Quand le danger personnel devient extrême, ce que veut le chef militaire …n’influence son comportement que dans une moindre mesure. Perdre ou gagner la bataille n’a plus guère de sens. Ce qui en a, c’est sa propre survie. »
John Keegan fut un des principaux historiens de la guerre. Dans « Anatomie de la bataille », il essaie de comprendre les motivations du soldat de base pendant la bataille. Dans ce texte aujourd’hui regroupé avec d’autre dans le volume « De la guerre », il fait de la terreur le principal ressort de ce soldat. Dans ce moment de violence extrême, il ne reste plus que la survie et celle du petit groupe de ses compagnons les plus proches qui importe.

Depuis le début du XXe siècle la guerre s’est industrialisée. Les armes sont devenues plus létales et surtout de plus longue portée. Le Lebel modèle 1886, le fusil de l’armée française est efficace jusqu’à 250 mètres et a une portée maximale à 2000 mètres. Le Mauser Gewehr 98, arme de l’armée allemande est efficace à 500 mètres et porte jusqu’à 5600 mètres. A ces distances en réalité, le soldat ne voit plus celui qui le tue. Et on ne parle pas de l’artillerie dont la portée moyenne est autour de 6000 mètres.
Dans cette guerre, les blessures à l’arme blanche, portée au corps au corps, représentent moins d’un pour cent des blessures. Les blessures par balle font de l’ordre de 30 % des coups portés. C’est l’artillerie qui pèse le plus, avec environ 70% des blessures. Elle broie les corps, les esprits. C’est une mort aveugle et anonyme. Comme aujourd’hui en Ukraine ou à Gaza, avec les drones et les missiles, la bataille est le lieu d’une violence absolue.
C’est en pensant à cette férocité, que j’ai relu l’histoire d’Elie, mon grand-oncle. Il a participé aux deux batailles les plus emblématiques de la première guerre, Verdun et la Somme.
Les Fouque au Pontet
Gabriel Toussaint Elie Fouque est né le 21 juillet 1896 au Pontet, quartier d’Avignon.

Elie est l’ainé d’une fratrie de quatre. A dix-neuf ans, c’est un bel homme de 1 mètre 72, avec des cheveux châtain clair et les yeux verts. D’après sa fiche militaire il est comptable et a sans doute commencé à travailler dans l’usine de Réalpanier.
L’incorporation au sein du 92ème
Elie est incorporé dans le 92ème Régiment d’Infanterie le 10 avril 1915. Il arrive au corps le 11 avril. Le recrutement lui donne le matricule 1756, et le corps le matricule 8639.

Normalement, le recrutement des régiments se fait sur une base régionale. Mais lorsqu’il est appelé, les batailles de 1914 ont décimé l’armée française. Les nouvelles recrues sont réparties pour reconstituer les bataillons. C’est ainsi que Elie entre au 92ème, le régiment d’Auvergne, implanté à Clermont Ferrand.
Ce régiment est composé d’environ 3000 hommes. Il a fait certaines des batailles majeures de 1914 : les Vosges, la Marne et Ypres en Belgique. Ceci explique sans doute qu’il est épargné pendant toute l’année 1915. Il reste sur la ligne de front, mais échappe aux grandes batailles qui se déroulent en Champagne cette année là.
De son incorporation à son décès, il n’y a pas de document connu qui mentionne Elie Fouque. Mais il doit suivre son régiment dont le journal de campagne est publié. Il doit partager le sort de ses compagnons du même régiment.
Entre Somme et Oise
Les recrues arrivent sur le front une fois par trimestre. Elie est donc incorporé soit en juin soit en octobre, après une période d’entrainement aux armes.
Pendant la quasi-totalité de 1915, le régiment reste sur une ligne de front dans la Somme, au sud de Roye et de Péronne, entre les villages de Tilloloy et Beuvraignes, soit à peine 2 kilomètres de front. Suivant la disponibilité Il s’y déroule une guerre d’usure, faite de bombardement par l’artillerie, de travaux de sape, qui obligent l’adversaire à tenir ses positions. A Beuvraignes, les Allemands et les Français occupent chacun une partie du village, et peuvent s’entendre. Ils s’engueulent réciproquement à chaque fois que quelqu’un fait un coup par surprise. Le journal de campagne du régiment enregistre des pertes presque tous les jours, un mort, deux, trois, des bléssés. Pas de grande offensive, mais une lente érosion des troupes. Elle est anonyme. Le journal de campagne ne donne pas les noms des soldats morts, parfois ceux des officiers.
Le régiment est enfin relevé le 7 décembre 1915, et cantonné entre les villages de Plainval et Ravenel, à proximité de Compiègne dans l’Oise.
Le 14 décembre un soldat du régiment, Maurice Sloutwisky est fusillé pour voie de fait sur un supérieur à Saint Morainvilliers.
Le 17 janvier 1916, le régiment retourne en première ligne au Bois des Loges, mais est relevé dès le 19 février. C’est que le 25 février, il embarque à Verberie pour aller à Verdun.
Verdun
L’année 1916 est marquée par deux grandes batailles, Verdun et la Somme.
Le général Joffre, chef d’Etat-Major de l’Armée française, a commencé à préparer la bataille de la Somme dès décembre 1915. L’effort industriel commence à porter ses fruits, et l’armement qui était déséquilibré au profit de l’Allemagne depuis le début du conflit se rééquilibre. Joffre prévoit donc de mener une attaque décisive des armées françaises et anglaises à l’été sur la Somme, coordonnée avec une attaque en Russie.
C’est pour éviter d’être attaqué simultanément par ses trois adversaires, que Falkenhaim, le chef d’Etat-Major allemand décide une attaque sur Verdun. Le lieu est le plus éloigné possible des positions anglaises. N’envisageant pas de combat décisif dans ce secteur, l’armée française a désarmé en grande partie les forts qui défendent la ville.
L’offensive est lancée par les Allemands le lundi 21 février. Les Allemands enfoncent les défenses sur la rive droit de la Meuse, prennent les forts et sont rapidement aux portes de Verdun. Ils sont retenus par le fait que les Français tiennent la rive gauche de la Meuse d’où ils dominent les positions allemandes et peuvent le bombarder. Falkenhaim attaque donc les positions françaises au lieu-dit du Mort-homme. L’offensive commence le 6 mars.
Le même jour, le 92ème arrive sur le front. Dans un très rare moment d’émotion le rédacteur du journal de marche écrit : « la canonnade est intense à l’est de Verdun, tout respire un départ prochain pour la fournaise ». Le 7 mars le régiment reçoit l’ordre de reprendre la position du Bois des Corbeaux, sur le Mort-Homme.
Le 8 mars, le Lieutenant Colonel Macker qui commande le régiment demande à l’aumônier de la division de bénir les troupes. Le 92ème attaque, reprend la position, mais l’ennemi contre-attaque. Du 8 au 13 la bataille continue de contre-attaque en contre-attaque. Le Lieutenant-Colonel Macker est tué le 10. 44 officiers et 1500 hommes sont morts pendant ces cinq jours, soit la moitié du régiment. Le 14 mars le régiment est désengagé, il a perdu l’essentiel de son encadrement et la moitié des hommes. Le 16 mars, le journal reprend les deux citations reçues par le régiment, celle du colonel Macker avant sa mort, et celle du Général de Division :
« Ordre du régiment n°170
Officiers, sous-officiers, caporaux et soldats du 92ème et de la 1er Cie de mitrailleurs de Brigade
Vous avez hier, dans un élan magnifique exécuté une contre-attaque superbe, sur un terrain plat de plus de 800 mètres et sous un ouragan de feu terrible.
L’ennemi n’a pu tenir devant votre vaillance.
Je ne trouve qu’un mot pour vous remercier. C’est en vous disant que j’ai vécu, grâce à vous ma plus belle heure de ma vie de soldat.
La France a le droit d’être fière du 92ème
9mars 1916-Bois des Corbeaux
Lnt Colonel Macker
Le Général de Bazelaire Commandant un groupement de la deuxième armée écrit
Ordre
La 52ème Brigade s’est couverte de gloire, par la vigueur de ses attaques sur le bois des Corbeaux.
Le Colonel Macker en tête, elle a tout d’abord offert son sacrifice à la Patrie, demandé l’appui de Celui qui soutient toutes les énergies, puis les cœurs hauts, les âmes fortes, elle a foncé sur l’ennemi et l’a refoulé.
Montagnard de l’Auvergne, les soldats des 92ème et 139ème Régiments ont mêlé leur sang à celui de leur chef.
C’est par la volonté de vaincre qu’on obtient la victoire. Et la victoire, nous l’aurons, parce que nous la voulons.
Gl de Bazelaire »
Les troupes sont cantonnées à l’arrière du front entre les villages de Bethelainville, et Brocourt. Ils occupent le temps à faire diverses corvées comme la garde du terrain d’aviation de Brocourt. Ils aident à le niveler (Verdun est la première bataille où l’aviation joue un rôle significatif). Chaque soir, il y a corvée de pionniers pour creuser des tombes afin d’inhumer les soldats qui meurent dans les ambulances. Le 20 mars, un nouveau chef, le Colonel Lejeune arrive la tète du régiment.
Le 25 mars le régiment prend la route pour retourner vers l’arrière. Le 3 avril, il embarque dans quatre trains à Saint Eulien à coté de Saint Dizier. Les trains l’emmènent dans de nouveaux cantonnements dans l’Oise. Le 6 avril un premier recomplètement a lieu avec l’arrivée d’un lieutenant, 6 sous-lieutenants et 726 sous-officiers et soldats.
Le 92ème ne revient plus à Verdun, bien que la poursuite de la bataille jusqu’à la fin de l’année 1916.
Entre l’Oise et la Somme
Du 6 au 24 avril, le régiment est au repos, les hommes s’entrainent, plusieurs remises de décoration, légion d’honneur ou croix de guerre ont lieu pour féliciter les hommes de leur comportement au Mort-Homme.
Le 26 avril, le régiment est à nouveau sur le front à coté du village de Plessy-Brion au nord de Compiègne.
Il revient dans la routine de 1915, avec des combats sporadiques, de petits accrochages, des tirs contre les avions qui circulent au dessus des troupes. En mai et juin, le régiment reste sur place. Il y a peu de mort. Les combattants se provoquent. Les Français fêtent bruyamment une victoire sur le front russe. Un peu plus tard, les Allemands lèvent des pancartes pour annoncer une prise de position et plaindre les pauvres français enlisés à Verdun.
Cette routine s’achève le 1 juillet 1916. Le régiment est relevé après deux mois sur le front, et retourne dans la région de Compiègne. Les quinze premiers jours sont consacrés au repos, et les suivant à l’entrainement pour repartir en forme au combat. Ils s’entrainent sur le camp de Thory-Mailly à coté de Compiègne.
Le 30 juillet, le régiment retourne en première ligne entre Maucourt et Fouquescourt, entre Roye et Péronne. Ils sont à peine à une vingtaine de kilomètres du secteur où ils ont passés l’année 1915, Mais dès le 10 août le régiment est relevé.
La bataille de la Somme
Elle a commencé le 1 juillet.
La bataille de la Somme n’est plus l’attaque décisive que prévoyait Joffre en 1915. L’armée française est enlisée dans la bataille de Verdun. Elle n’a plus les troupes disponibles pour mener une action d’envergure sur la Somme. Cependant elle a besoin d’une diversion pour soulager les troupes qui combattent à Verdun.
Cette offensive est menée principalement par les troupes britanniques avec un appui au sud par les Français. Pendant une semaine un feu roulant de l’artillerie vise à briser les défenses allemandes. Le 1er juillet, les troupes anglaises et françaises montent à l’assaut. Ce 1 juillet sera appelé le « Black Saturday ». Environ 20000 « tommies » sont tués, 35000 sont blessés. Sur les 100 000 hommes engagés plus de la moitié est hors de combat. Ces pertes ne sont pas compensées par des gains significatifs. Les lignes allemandes ne sont pas percées. Plusieurs raisons. D’abord l’efficacité insuffisante du tir de barrage préalable. Les Allemands occupent le terrain depuis 1914 et ont eu le temps de construire des abris profonds. Ensuite, les soldats britanniques sont relativement inexpérimentés. L’armée de conscription n’a été levée qu’en 1915 et n’a participée à aucune grande bataille. Puis, l’été pourri de 1916 contrarie les grandes offensives. Enfin les commandements ne sont pas unifiés. Anglais et français combattent chacun leur coté. Il n’y a pas de commandement commun, seulement des conférences de coordination régulières.
Malgré les pertes, et sur l’insistance des Français, la bataille continue. Les résultats de juillet sont contrastés. Face aux pertes qu’ils subissent, équivalentes à celles des alliées, les Allemands retirent des troupes de Verdun ce qui desserre l’étau sur la ville. De l’autre, les gains de terrain sont réduits au regard des pertes humaines constatées. En août, la bataille s’essouffle, se transformant en une série d’escarmouche.
Les Etats-majors décident enfin qu’il faut se réorganiser pour lancer une bataille décisive en septembre. Ils choisissent aussi d’élargir le front vers le sud. Il faut obliger les Allemands à étirer leurs troupes avec l’espoir de les faire craquer et d’enfin arriver à faire la percée décisive. C’est pourquoi il est décidé d’attaquer le village de Chaulnes, qui est occupé par les Allemands depuis 1914. Cette position est au sud du champ de bataille précédent. Elle est aussi à 5 kilomètres au nord de Maucourt où se trouve stationné le 92ème.
L’assaut de Chaulnes
A partir du 10 aout, l’emploi du temps du régiment se modifie. Chaque jour, l’activité change, ce qui n’était pas arrivé jusque là. Alternent jours de repos, d’entrainement sur le terrain de Thory-Mailly, période de garde sur la ligne de front, et travaux de reconstruction des tranchées et des boyaux d’accès.
L’artillerie et l’aviation se testent des deux cotés « journée plus agitée qu’à l’ordinaire en raison de la surveillance très étroite des deux artilleries qui cherchent à détruire tous les travaux nouveaux. Notre première ligne reçoit 44/77, 56/105, 70/150 et 4/210. Le PC du colonel reçoit en quelques instants 80 obus de 150 et de 210. » (24 août).

Le régiment occupe une position à l’ouest de Chaulnes, au sud du village de Lihons. Il y a deux lignes de tranchées. Celles-ci sont reliées par des boyaux qui permettent de faire monter et descendre les troupes. Ceux-ci portent des noms pittoresques, liés à des caractéristiques du terrain : boyaux du calvaire, boyau de la maisonnette, boyau des Saules, boyau du débris, du hanneton, du perdreau.
Enfin la préparation d’artillerie commence vraiment le 30 août. « Malgré une grosse pluie qui ne cesse pas, l’activité est grande de part et d’autre ; les artilleurs français tirent lentement mais sans arrêt. Les allemands ne semblent pas vouloir contrebattre les batteries, ils se limitent à des tirs sur les premières lignes et les boyaux. » (30 août). Ces tirs limités, parviennent à crever un abri où se trouvent des hommes du 92ème. 4 sont tués et 11 sont intoxiqués par les gaz. « Journée très belle. Les avions français sortent en grand nombre pour les réglages de la grosse artillerie qui lance dans la journée 6500 obus sur le secteur ennemi en face de celui du régiment ; les batteries de 75 du secteur lancent 100 obus par pièce et par heure. L’artillerie de tranchée tire presque sans arrêt. » (31 août)
Enfin le 2 septembre, le régiment est relevé de la première ligne, remplacé par le 139ème. « Après la relève très longue à cause de la longueur des boyaux et de la nuit noire, les bataillons se rassemblent au bois des Ballons entre Caix et Le Quesnel et vont cantonner à Hangest en Santerre où ils arrivent à 10h. »
« Le régiment, relevé dans la nuit du 1er ou 2 septembre des tranchées de Lihons où il avait préparé le terrain pour l’attaque depuis le 15 août. Et cantonné à Hangest quittait cette localité le 3 septembre à 22 heures, pour venir se placer en réserve de Division dans les boyaux et tranchées de 2ème ligne en arrière du 139ème d’infanterie, chargé de l’attaque de droite pour la journée du 4 septembre. »
Le 4, le régiment monte dans les tranchées de première ligne pour remplacer le 139ème.
Et le 6 il reçoit l’ordre d’attaquer Chaulnes à 16h.
« A l’heure dite, les 4 compagnies formées chacune en deux vagues par pelotons accolés sortent de leurs tranchées avec un ensemble et un entrain admirables et se dirigent sur leurs objectifs.
2 sections dans chaque compagnie de mitrailleuses suivent le mouvement. Les 1eres et 5èmes compagnies les remplacent immédiatement dans la tranchée Ferdinand.
La 9 compagnie et une section de mitrailleuses du 3ème bataillon se portent dans la tranchée Huss entre le boyau Mieg et la voie ferrée. Les objectifs sont atteints en 20 minutes. » Dans le détail, c’est moins brillant.
La deuxième compagnie avance trop vite. « Le commandant de la compagnie, entrainé par le succès, entraine ses hommes aux cris de « En avant ! » et par le boyau Hans er la voie ferrée arrive à proximité de la gare. Il se produit là un corps à corps et un combat à la grenade.
Ce mouvement est facilité par la section de mitrailleuse de l’adjudant Jury, qui fauche tout ce qui se trouve aux abords. Dans leur ardeur les hommes ne pensent pas à allumer les pots Ruggieri pour signaler leur avancée.
Cette compagnie est prise alors sous le feu de nos 75, des mitrailleuses ennemies placées sur la voie ferrée Chaulnes-Roye ; les officiers sont mis hors de combat ; les hommes refluent alors en arrière par petits groupes. Le commandant de la compagnie blessé grièvement reste sur le terrain. »
« Le peloton de gauche (sous-lieutenant Dessain) arrive à la tranchée des sélénites ; il seconde activement la 7ème compagnie qui est à sa gauche pour l’enlèvement de la demi-lune. Le sous-lieutenant Dessain est tué et le commandement du peloton passe au sergent Chazal qui continue à contribuer à l’enlèvement de la demi-lune. » « La 6ème compagnie arrive à 16h 10 dans un fossé précédant la tranchée des sélénites. Arrêtés un instant par des réseaux de fil de fer barbelés non détruits, un barrage de grenades et un feu nourri de mitrailleuses, les hommes franchissent l’obstacle d’un magnifique élan et s’emparent de cette portion de la tranchée des sélénites. »
Même les équipes de soutien subissent des pertes. Les pionniers et porteurs de mitrailleuses qui amènent le matériel sont bombardés dans les anciennes positions en particulier la tranchée Ferdinand.
Le combat ne s’arrête pas avec le premier élan. Il faut encore consolider les positions, résister aux contre-attaques adverses. Le combat continue jusqu’au lendemain sans interruption.
Pendant ces combats qui durent 4 jours, il y a 81 morts et 301 blessés (le journal du régiment ne fait pas de détail du 3 au 7 septembre).

Elie Fouque est mort pendant cet assaut. Son livret militaire indique qu’il a été tué à l’ennemi le 7 septembre 1916 au combat de Chaulnes. La fiche remplie par le régiment est raturée. Elle porte d’abord le 7, puis le 6 septembre dans les tranchées sud de Lihons. L’acte de décès transcrit dans l’état civil du Pontet indique qu’il est mort à 17h30 le 6 septembre dans les tranchées sud de Lihons. Le fait aurait été rapporté à l’officier d’état civil sur le front par l’adjudant Louis Boueix et le soldat Lucien Chalmin. En fait selon, la position qu’il occupait dans le régiment, en première ligne ou en soutien, il peut avoir été tué à l’une ou l’autre position, un jour ou un autre.
Une tradition familiale dit qu’il serait mort pendant la corvée de soupe. C’est possible. La corvée de soupe nécessitait de retourner à l’arrière pour récupérer les rations auprès des cantines, et de remonter lourdement charger à travers les boyaux de liaison. Pour peu que les bombardements aient détruits ces boyaux, il faut passer à découvert. C’était donc un moment particulièrement dangereux.
C’est toutefois improbable si l’heure est bien celle de l’état civil qui place le décès une heure après la vague d’assaut du 6.
Après la mort d’Elie
Sa famille est avertie par un courrier apporté par le maire. Il apparaît sur le monument aux morts du Pontet.

Son frère Antonin a repris en 1915 le poste de comptable à l’usine de Réalpanier qu’il garde jusqu’à sa retraite en 1965.
Sa sœur Marie donne son prénom à son premier enfant.
Le corps d’Elie est enterré dans la nécropole de Lihons, à coté de Roye. Celle-ci a été créée dès 1915, les combats dans la région ayant commencé en 1914. Le front est resté entre Lihons et Chaulnes pendant presque toute la guerre, de 14 à 18. Les cadavres des soldats français morts dans la région ont progressivement été regroupés dans cette nécropole qui contient 6.581 corps. La famille n’est allée voir la tombe pour la première fois qu’autour de 1965. Elle y est retournée régulièrement depuis.

Bibliographie.
A chaque fois dans le texte qu’il est question de tradition familiale, c’est que l’information s’est transmise oralement et qu’il n’y a pas de document à l’appui.
Les photos ne sont ni datées, ni nominatives, c’est aussi la tradition familiale qui permet de désigner les personnes. L’auteur remercie sa tante Suzanne et et sa cousine Mireille Chiousse, ainsi que ses cousins Annie et Albert Jacob pour leurs informations et leurs photos.
Documents consultés aux Archives du Vaucluse
Registre Etats civil naissance et décès du Pontet
Dossiers des matricules année 1916
Recensement Avignon 1901 et 1906
Documents consultés sur Mémoire des hommes
Base des morts pour la France : fiche de Gabriel Toussaint Fouque
Journal des marches et opérations du 92ème régiment d’infanterie (1 mai 1915 à 5 mai 1916) (cote 26 N 669/2) et (6 mai-31 décembre 1916) (cote 26 N 669/3)
Ouvrages utilisés pour décrire le contexte
Hervé Signore : Le Pontet naissance d’une commune 1800-1925 (A.Barthélémy ; 2005)
François Cochet et Rémi Porte : Dictionnaire de la Grande Guerre 1914-18 (Robert Laffont ; 2008)
Alain Denizot : La bataille de la Somme juillet –novembre 1916 (Perrin ; 2006)
Jean-Michel Steg : Le jour le plus meurtrier de l’Histoire de France 22 août 1914 (Fayard ; 2013)
Antoine Prost et Gerd Krumeich : Verdun 1916 (Taillandier ; 2015)
John Keegan : de la guerre (Perrin ; 2016)
Complément
La partie de ce texte concernant Elie a été transmis en 2018 au service des archives de la mairie du Pontet avec les photos qui l’accompagnaient. Il a servi à l’élaboration du panneau concernant Elie dans l’exposition de la ville.
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