Concerts en l’église

Cette semaine, multiplications de concerts dans des églises, à Lambesc, Ansouis, Cucuron, Apt. Il y a de moins en moins de fidèles, mais les églises se remplissent de mélomanes.

Le concert musical est né au moment où la religion a commencé à reculer. Jusqu’au XVIIs, la musique est l’accessoire de la parole. Que ce soit la parole du prêtre ou celle du seigneur, la musique lui est subordonnée. Au début du siècle des lumières, apparaissent les premiers concerts où l’on vient juste pour écouter. Les Concerts spirituels qui commencent en 1725 sont parmi les premières manifestations. L’écriture musicale se complexifie, l’invention du métronome et du diapason permettent d’assurer que l’exécution soit le plus proche de l’intention du compositeur. Celui-ci, après Mozart et Beethoven vit de son écriture et de l’exécution de ses œuvres. Il n’est plus l’employé d’un évêque ou d’un seigneur.

 

L’exécution de la troisième symphonie de Beethoven le 7 avril 1805 au Theater an der Wien à Vienne marque un virage. Pour la première fois, les auditeurs sont venus écouter sans bouger ni parler près d’une heure de musique (le double de la durée d’un symphonie classique). Cette musique raconte sa propre histoire, célébration d’un grand homme, marche funèbre.

Pendant ce temps, les édifices religieux se vident. On commence à moins aller à la messe, à confesse. A n’être présent que pour les enterrements ou les mariages, éventuellement les baptêmes. Avant de ne plus venir du tout.

La nature ayant horreur du vide, les concerts remplacent les messes. On remplit même des endroits comme les cloitres qui étaient plutôt destinés au silence.

On justifie cette utilisation par l’excellente acoustique des lieux. Il fallait bien qu’on puisse entendre le sermon du prêtre sans qu’il s’égosille à une époque où l’amplification électro-acoustique n’existait pas. Mais peut-être aussi qu’il est logique qu’une autre forme de transcendance remplace celle des Dieux[1].


[1] Voir entre autre David Ledent, « L’invention du concert », Appareil [En ligne], 1 | 2008, . URL : http://journals.openedition.org/appareil/83  ; DOI : https://doi.org/ 10.4000/appareil.83

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