Une église, c’est un cercle et un rectangle. Un rectangle pour la nef où se rassemble l’ekklesia, l’assemblée des fidèles. Un cercle pour le chœur où le prêtre célèbre la messe. Ces deux formes de base se voient encore bien à Notre Dame de Romengas, l’église de la Tour d’Aigues. Des chapelles de bas-côté ont été ajoutées, ainsi qu’une deuxième abside sur laquelle je reviendrai. L’église est montée sur un promontoire qui surplombe la rue principale du village. Celle-ci tourne autour à l’ouest et au nord de l’église. De ce fait, l’entrée est au sud. A l’intérieur la structure de base est toujours bien visible, la nef avec sa voute en arc brisé, caractéristique du roman provençal, le chœur fermé par un arc de cercle structuré par des colonnettes. Celles-ci se prolongent dans la voute en demi-lune, attirant irrésistiblement le regard vers le haut, vers l’étoile qui entoure la clé de voute. La cérémonie qui se déroule fait le lien entre les fidèles et le paradis qui nous domine.

Au moyen-âge, le cercle et le rectangle étaient séparés par un mur, le jubé. Le prêtre montait dessus pour prononcer le sermon. La cérémonie de l’eucharistie conservait tout son mystère avec la fermeture du mur. Puis à la Renaissance, l’influence du protestantisme conduisit à revoir ce dispositif. La séparation entre prêtres et laïcs parue trop absolue. Le mur fut abattu et remplacé par une grille ou une balustrade. Les fidèles pouvaient voir la cérémonie et y participer du regard. Pour mettre en majesté la cérémonie, un maître-autel fut appuyé sur le mur du chœur. Pour surélever le prêtre donnant son sermon, une chaire fut ajoutée.
Ce dispositif fut codifié par le concile de Trente (1545-1563) et progressivement il remplaça les dispositifs antérieurs.
A la Tour d’Aigues, l’ancien chœur parut trop petit pour recevoir un beau maître-autel. On profita du fait que la porte n’était pas à l’ouest, sa place habituelle dans une église, pour retourner la disposition de l’édifice. Un nouveau cercle fut construit à l’ouest de l’église. Plus grand que le précédent, il incorporait le maitre-autel et deux petits transepts, et à côté de la porte, on installa la chaire du sermon.

L’ancien chœur fut conservé, les fidèles n’ayant pas le cœur de faire disparaître cette merveille architecturale. Parfois les fidèles hésitent à détruire les monuments précédents. Dans la cathédrale d’Auch par exemple, vous pourrez encore admirer un jubé médiéval.
La réforme de Vatican II (1962-1965) fut l’étape suivante. Les grilles et les balustrades disparurent, le maitre-autel fut remplacé par un autel face aux fidèles. A la Tour d’Aigues, on en profita pour revenir à l’ancienne disposition avec le chœur où se faisait l’office à l’est, sous la clé de voute étoilée. Le maître-autel maintenant au fond de l’église fut remplacé par les fonds baptismaux.
Y aura-t-il un jour un autre retournement ?

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