Le château

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Arrivée par Ansouis à Martialis ; on voit la porte à l’ouest et au second étage les deux types de fenêtres : à l’ouest fenêtre voutée, à l’est fenêtres rectangulaires

Le voyageur du XVIII° arrivait au château de Martialis comme le promeneur d’aujourd’hui. Le château est en contre-bas du carrefour entre la route d’Ansouis à la Tour d’Aigues et celle de Cabrière d’Aigues à Pertuis. Il apparaît sur la carte de Cassini. Sur la carte, l’accès au château se fait comme aujourd’hui depuis la route d’Ansouis au nord.

La façade nord

L’arrivant découvre donc d’abord la grande façade nord, à deux étages, avec son toit presque plat, et la grande génoise qui décore le bord du toit.

Le château est une maison-bloc, comme cela se trouve dans les zones de moyenne

voir version précédente
En 1930, la façade nord. Au rez-de-chaussée, les encadrements de toutes les grandes fenêtres du château existent encore

montagne. Il est possible de circuler dans les différentes parties du bâtiment par l’intérieur. Les portes et passages qui permettaient cette circulations sont aujourd’hui bouchés, mais visibles dans la maison. Ils permettaient d’aller des étables et des granges à l’habitation sans sortir, évitant ainsi le froid de l’hiver.

Les murs sont construits suivant la technique de la maçonnerie en blocage. Un coffrage délimite les murs, il est rempli de pierres,  puis un mortier de sable et de chaux permet de combler les vides. Une fois le coffrage de bois retiré le mur est enduit pour effacer les inégalités. C’est une technique ancienne ne nécessitant pas de main d’œuvre qualifiée. Seuls les angles du bâtiment et les ouvertures sont en pierre de taille.

Lorsqu’il arrive au château, par le chemin au nord–est, le voyageur aristocratique tourne à gauche et longe la façade. Il découvre d’abord la chapelle, avec sa fenêtre en ogive et l’oculus au dessus du maître-autel. Puis il passe devant une pièce qui devait être une cuisine,  le grand salon, au plafond surélevé, et éclairé par deux immenses fenêtres. Avant l’arrivée à l’entrée d’apparat avec son escalier d’honneur.

Cette façade nord porte la trace de plusieurs campagnes de construction.

La porte au lieu d’être au centre de la construction comme il est habituel se trouve sur le coté ouest de cette façade. De plus les fenêtres sont de deux styles différents. La porte et les fenêtres de l’ouest sont surmontées d’une voute, les fenêtres vers l’est sont strictement rectangulaires. Ceci suggère que l’ouest de la maison a été construit d’abord, puis qu’une extension vers l’est a permis d’abriter le grand salon et la chapelle. Peut-être la partie la plus ancienne est-elle la construction commandée par Sextius d’Escalis.

La façade sud

Une fois ses passagers descendus, la voiture à cheval fait le tour du bâtiment. Par une rampe, elle longe un grand bassin à l’est, et descend vers  la cour au sud. La façade sud est plus étroite que la façade nord. Elle est entourée par deux tours qui lui donnent une allure féodale (voir photo sur la chronique précédente). La différence de longueur est

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Façade sud la façade est plus étroite et les fenêtres plus petites

rattrapée par une  petite cour à l’est entourée de murs presque aveugles. Les fenêtres de cette partie sud sont beaucoup moins grandes que celles du nord, afin d’éviter le soleil d’été.

La façade fait trois étages. Au rez-de-chaussée, les pièces voutées s’ouvrent sur la cour, et donnent au nord sur les caves.

La cour est  sur une terrasse pour assurer la planéité du sol et devait être consacrée principalement au service et au rangement des voitures (la sellerie est dans une des pièces du rez-de chaussée). L’écurie ferme la cour à l’est, ce bâtiment s’intégrant dans les constructions de la partie agricole du château. La cour est entourée d’un mur ouvert au sud sur un jardin en pente.

La façade est

Le visiteur qui vient à Martialis pour le travail agricole ne tourne pas devant la façade nord mais descend le long des bâtiments qui se trouvent à l’est. Il longe d’abord une écurie avec un emplacement pour ranger les voitures. Ce bâtiment intègre la chapelle

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Façade est : l’écurie et la première grange

visible au nord.

Puis, il passe devant une grange, dont le rez-de chaussée donne sur l’écurie de la cours sud. Tous ces bâtiments sont reliés entre eux par des passages, et des portes permettent d’accéder à la maison d’habitation principale.

Le visiteur longe ensuite d’autres bâtiments de fermes et d’habitation jusqu’à une grande porte donnant sur une basse-cour.

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Le cadastre napoléonien en 1838 : le grand bassin à l’ouest (lot 202), le logement seigneurial (lot 199), et les bâtiments de ferme (lot 198)

Cette reconstitution hypothétique est un exercice compliqué. La bâtisse a connu de nombreux remaniements par la suite. Ceux ci ont été recouverts d’enduits qui rendent difficiles l’identification des différentes phases de construction ou de transformation.

Mais le plan masse que l’on voit sur le cadastre napoléonien de 1838 montre que l’essentiel des constructions actuelles existent à l’époque, et que le château a sans doute peu changé dan ses grandes masses.

Bibliographie

– Neste Fustier, Elisabeth Sauze : Etude historique et analyse architecturale de Martialis https://dossiersinventaire.regionpaca.fr/gertrude-diffusion/dossier/demeure-bastide/9a285bce-5796-4981-b702-558421250425#top

De Michaelis, baron de Martialis

Dans le cadre de l’inventaire des monuments historiques du Pays d’Aigues, une étude de Martialis et de ses origines a été faite par Elisabeth Sauze et Neste Fustier.
La construction de la bâtisse actuelle est attribuée par l’étude Sauze-Fustier à la famille de Michaelis. Les De Michaelis ne sont qu’une des familles aristocratiques qui a habité Martialis. Il n’a pas été trouvé de document ni d’inscription permettant de dater la bâtisse ou de l’attribuer à un maitre d’ouvrage ou un maître d’œuvre.
Mais les De Michaelis sont les premiers à s’être attribué le titre de seigneur de Martialis, il est donc logique de les voir comme les constructeurs du château.

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Le triptyque du Buisson Ardent qui était exposé aux Grands Carmes d’Aix (aujourd’hui détruits) où sont enterrés les De Michaelis

La famille de Michaelis

« Les Michaëlis, écrit l’historien Roux-Alpheran en 1848, étaient « fort anciens dans Aix, avaient donné une foule de syndics et de consuls, de magistrats au parlement et à la cour des comptes, et s’étaient divisés en plusieurs branches qui se sont éteintes dans le courant du XVIIIe siècle ». » (cité sur le site généalogique des familles consulaires ou notables de Haute Provence ou du Pays d’Aix).
Les Michaelis sont une famille de grands bourgeois d’Aix. Le plus ancien connu est Jean Michaelis, fils de marchand, notaire à Aix en 1500, nommé au Parlement de Provence en 1502. Son fils Esprit Michaelis. est également bourgeois à Aix. Le petit fils de Jean, Joseph de Michaelis est seigneur de Vinert et conseiller à la cour des comptes de Provence.
Le fils de Joseph, Jean Augustin de Michaelis, né en 1614, est avocat à Cour du Parlement de Provence, conseiller à la Cour des comptes de Provence en 1638, puis conseiller au Parlement de Provence en 1650.
Il est le premier qualifié de sieur de Martialis. C’est donc soit lui, soit son père qui a acheté Martialis aux d’Escalis, et qui a obtenu que la propriété soit élevée au rang de fief, conférant ainsi un titre nobiliaire à son propriétaire.
Jean Augustin meurt à Aix et est inhumé le 21 mai 1689 aux Grands Carmes de Aix comme la plupart de ses ancêtres (l’église des Grands Carmes a disparue et se trouvait entre l’actuel Palais de Justice et le Court Mirabeau).

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L’entrée de l’Hôtel de Michaelis au 11 rue Gaston de Saporta

Sauveur

Son fils Sauveur de Michaelis Martialis nait en 1649. Il est d’abord chevalier de l’Ordre de Malte, puis conseiller du Parlement de Provence à la place de son frère Vincent décédé en 1676. Il est alors sans doute propriétaire de Martialis dont il porte le titre et d’un hôtel particulier au 11 rue Gaston de Saporta, rue qui fait la liaison entre l’évêché et la cathédrale Saint Sauveur d’un coté, le beffroi et l’hôtel de ville de l’autre.
En 1700, Sauveur de Michaelis est accusé de prévarication et concussion. Il est condamné et démis de sa fonction. Il meurt en 1719 à Aix et est inhumé à son tour aux Grands Carmes d’Aix.
Pour l’instant nous ignorons les raisons exactes de la condamnation de Sauveur de Michaelis. Le site sur les anciennes familles de Provence insiste que le fait que les Michaelis ont été accusés d’avoir usurpé leur titre.
« Leur ancienneté ne justifie cependant pas les prétentions qu’ils eurent à l’époque des Réformations de noblesse, sous Louis XIV, d’appartenir à une noblesse de race en produisant des titres falsifiés faisant apparaître pour auteur un Jean de Michaelis secrétaire de Louis III d’Anjou, roi de Sicile et comte de Provence, dans les années 1420. « Je ne trouve aucun acte de Louis III, comte de Provence, signé Jean Micaelis comme son secrétaire mais bien comme notaire » rectifiait dès les premières années du XVIIIe siècle Barcillon de Mauvans, en rappelant que les charges de notaires quoique honorables n’attestaient pas la noblesse, au contraire. »
La société d’Ancien Régime est une société de caste. Ne pas être noble, c’est voir s’éloigner un certain nombre d’opportunités. Il est donc normal qu’une famille comme les Michaelis, à la limite entre les deux Etats, cherche à passer de la bourgeoisie à la noblesse. Au début du XVIII siècle, le pouvoir royal, comme les nobles d’ancienne noblesse font une chasse à ces pratiques. Est-ce cela qui explique le procès de Sauveur de Michaelis ?
Mais cette volonté de s’anoblir, se lit dans l’architecture de Martialis, où l’adjonction de

Accueil Martialis 2010
Les tours féodales de Martialis

plusieurs éléments architecturaux transforme une grosse ferme en château aristocratique.
Quoiqu’il est soit, Sauveur avait épousé le 5 juillet 1682 en l’église de Saint-Didier (Vaucluse), Sybille Aldonce Hyacinthe de Thezan Venasque. Elle meurt à Martialis le 23 juin 1733 et est inhumée le lendemain en l’église des Carmes de Pertuis (aujourd’hui la Médiathèque de Pertuis).

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Les Carmes de Pertuis (aujourd’hui la Médiathèque) où était enterrée Sybille

Sauveur et Sybille ont eu six enfants, trois garçons et trois filles, dont on ne connaît que les dates de naissance. Sont-ils morts pendant leur enfance ? Ont-ils été entrainés dans la déchéance de leur père ? Quoiqu’il en soit cette branche des Michaelis disparaît de l’Histoire après la mort de Sybille, sans qu’on sache exactement comment se fait la transition avec les futurs occupants de la maison.

Bibliographie

– Neste Fustier, Elisabeth Sauze : Etude historique et analyse architecturale de Martialis https://dossiersinventaire.regionpaca.fr/gertrude-diffusion/dossier/demeure-bastide/9a285bce-5796-4981-b702-558421250425#top
– site Genobco.free.fr Anciennes familles de Provence

Préhistoire

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Le donjon de Cucuron

La préhistoire, c’est la période avant l’écriture. Comme le premier texte mentionnant Martialis date du début du XVII siècle, la préhistoire finit tard à Martialis. Il est utile de dire un mot de cette préhistoire au Pays d’Aigues.

Féodalité

Avant 815 et la Villa Marciana, rien dans les textes ou le paysage ne préfigure Martialis. Les fouilles archéologiques dans le Pays d’Aigues ont permis de retrouver des pierres taillées paléolithiques, des restes de tombe et de villa gallo-romaine. Vous pourrez voir cela au Musée Marc Deydier de Cucuron. Mais vous ne verrez  guère de trace en vous promenant dans la campagne.
Au  IX siècle, les cartulaires permettent de savoir que la région était tenue par la Villa Marciana dépendant de l’évêque de Marseille. Mais entre cette période et le XII siècle, l’autorité centrale s’effondre. La Provence est terre d’Empire, elle est divisée entre le Marquisat de Provence qui tient la vallée du Rhône et le Comté de Provence qui s’étend sur le reste de la région. Le Marquisat devient propriété du comte de Toulouse et le Comté du comte de Barcelone. Ces maîtres lointains ne tiennent pas  la région. Le Pays d’Aigues devient le domaine de petits seigneurs de la guerre. Ils construise des Castra, des châteaux-forts. « Le Castrum d’Ansouis est mentionné en 961, Cucuron en 1004, Sannes en 1045, Cadenet est mentionné en 1075, Grambois et Saint-Martin-De-La Brasque se constituent dans la seconde moitié du XI° siècle. »   Le paysage actuel commence à apparaître. Les habitants se réunissent dans des villages perchés, construits autour du château protecteur. C’est l’instauration du régime politique de la féodalité comme partout en France et en Europe. Les seigneurs de la guerre sont liés entre eux par des liens familiaux et des serments de fidélité plus ou moins respectés. Les guerres entre seigneurs continuent, et peut-être les incursions pillardes des sarrasins qui disposent d’une implantation permanente sur la cote à la Garde-Freinet. De cette époque reste le vestige du château de Cucuron, que tenait l’un de ces seigneurs.
En 1175, le Comte de Toulouse donne la main de Garsende, comtesse de Forcalquier à

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Reliquaire de Elzear de Sabran en l’église Saint Pierre Saint Barthelemy de Vaugines

Raymond de Sabran. Celui-ci est  originaire d’un village du même nom à coté d’Uzès. Le fief d’Ansouis tombe ainsi entre ses mains.
Les Sabran vont progressivement devenir l’une des grandes familles de Provence, soumettant tous les petits seigneurs. Ils obtiennent que l’un des leurs, Elzéar de Sabran soit canonisé en 1369, ainsi que sa femme Delphine.
Cette période des XII et du XIII siècles voit une grande expansion démographique. Les villages s’étendent, la plupart des églises du Pays d’Aigues sont construites alors pour recevoir les fidèles.  Cette expansion est rendue possible par le réchauffement climatique, le climat français est alors 4 à 5 degrés plus chaud que le climat actuel. Le progrès technique contribue aussi au développement des moulins hydrauliques puis éoliens, à l’amélioration de l’attelage des chevaux et des bœufs).  C’est aussi une grande période défrichement et d’extension de la surface cultivée. Les collines se couvrent de terrasses, les plaines et les vallées sont drainées par des canaux.
A la même époque Pertuis se développe. Propriété de l’abbaye de Montmajour, la petite ville devient le bourg le plus important de la région après Cavaillon.

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Saint Sébastien, un des saints évoqués pour combattre la peste (statue à Saint Nicolas de Pertuis)

La famine, la peste et la guerre

La conjoncture se retourne au XIV siècle. La France entre dans le petit âge glaciaire qui dure jusqu’au XVII siècle. Les rendements agricoles diminuent, la famine revient. En 1347, la peste noire arrive à Marseille et va se rependre sur toute l’Europe. La région subit aussi  les conséquences collatérales de la guerre de cent ans. Raymond de Turennes, maître d’une grande compagnie ravage la région. La famine, la peste et la guerre s’abattent sur la région. C’est vrai partout en France et en Europe. Mais si la diminution de la population est estimée au quart ou au tiers des personnes vivantes partout ailleurs sur le continent, elle monterait  à 70% dans les régions qui entourent le Luberon.
Des villages entiers comme Cabrières ou Lourmarin sont désertés. Ceux qui restent, La Tour d’Aigues, Cucuron, Ansouis,  Pertuis sont entourés de murailles défensives dont les vestiges sont encore visibles.

Reconstruction

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Porte du Rempart à Cucuron

Les grands propriétaires de la région, les Sabran, les d’Agoult vont s’efforcer d’attirer de nouveaux habitants. Ils sont également propriétaires de terres en Dauphiné et dans le Piémont. Or le refroidissement climatique provoque le recul de l’agriculture de haute montagne. L’élevage sur les alpages nécessite moins de bras. Cette main d’œuvre va descendre dans le Luberon. Ce serait de l’ordre
Les villages abandonnés sont repeuplés, un habitat dispersé apparait sur les collines qui bordent le Luberon. Le produit de l’agriculture augmente, des plantes destinées à un usage industriel sont cultivées :   l’olivier, dont l’huile est un conservateur important dans toute l’économie, le murier qui porte le vers à soie, essentiel  pour le textile. Les nobles se font construire des demeures d’agrément. Les châteaux de Lourmarin, Ansouis, Sannes, la

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Le Château de Lourmarin

Tour d’Aigues, Mirabeau sont construits.
Mais ces nobles habitent souvent à Aix-en-Provence. La ville est devenue siège du Parlement de la province depuis la mort du roi René et le rattachement au royaume de France en 1482. Pertuis fait la jonction entre la ville et les campagnes du Pays d’Aigues. La ville s’entoure d’établissements religieux destinés à l’éducation des jeunes aristocrates ou au secours contre la maladie. Les carmes, les ursulines, les oratoriens ont chacun leur établissement.
C’est dans ce monde recomposé que Martialis est mentionné pour la première fois.

Bibliographie

Collectif : Le Luberon Encyclopédie d’une montagne provençale (Alpes de Lumière 2013)

Premières traces

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Une des premières mentions manuscrites de Martialis

L’inventaire des monuments historiques

A la fin des années 1960 et au cours des années 70, le patrimoine architectural du Pays d’Aigues fit l’objet d’un travail d’inventaire mené par le Ministère de la Culture. Ce travail est finalisé en 1981 par la publication de l’Inventaire Général des Monuments et des richesses artistiques du Pays d’Aigues.
Celui-ci contient une notice sur Martialis. Celle-ci s’appuie sur une étude archivistique et sur le terrain réalisée par Elisabeth Sauze et Neste Fustier, illustrée de photographies de Gérard Roucaute. Cette étude a été publiée sur internet. Cette publication a été faites par le Conseil Régional de Provence-Alpes-Cote-d’Azur. Celui-ci est désormais en charge de l’inventaire des monuments, du fait des transferts de compétence liées aux lois de décentralisation.
La date de l’enquête est de 1968, et la date de rédaction 1987 (soit après la publication de l’Inventaire). Le plus probable est que l’essentiel du travail a été fait en 1968, et que sa finalisation  est de 1987. Elisabeth Sauze est également celle qui a fait l’étude sur la Villa Marciana. Elle connaissait donc son sujet.
L’étude porte sur l’époque où Martialis appartenait à des aristocrates. Elle est incomplète. Du point de vue archivistique d’abord, les étudiants n’ont trouvé d’éléments ni sur la principale phase de construction, ni sur les transferts de propriété, qui ont fait que la maison a appartenu à plusieurs familles aristocratiques successives. En tant qu’enquête de terrain. Ils n’ont pu accéder à l’intérieur de la maison qu’à l’étage inférieur de la bâtisse principale. Le reste leur est inconnu.
Mais avec ces limites, ce travail est le plus sérieux trouvé sur cette première époque. Pour l’instant, il n’a été possible de le compléter qu’avec l’observation sur le terrain, et les informations concernant les familles disponibles sur internet.

Première constructions connues : La maison des Sabran

Un inventaire de la région a été fait en 1578. Il ne mentionne pas Martialis. Le bâtiment apparaît en 1604 dans un acte juridique comme appartenant à Marguerite de Forbin, femme d’Honoré de Sabran, baron d’Ansouis.
Cette branche des Sabran s’arrête dix ans plus tard avec la mort de Gaspard de Sabran le 14 mai 1614. Celui-ci a perdu son fils unique, Etienne, auparavant. Il lègue alors son titre et ses biens  à un de ses cousins Sextius d’Escalis, sous condition que celui-ci reprenne son nom.
Sextius d’Escalis Baron de Bras est un noble habitant Aix en Provence et Marseille. Il est

Mairie Aix
Aix en Provence le beffroi

aussi consul d’Aix-En-Provence en 1630, 1647, 48, 49,50 (le titre de consul est l’équivalent de celui de  maire), et viguier (juge) de Marseille en 1636. Il a été aussi Capitaine Lieutenant de la Compagnie des Gendarme du gouverneur de Provence, le Maréchal de Vitri. Il possède de nombreuses terres et seigneuries. Il est seigneur de Saint Jullien, d’Estoblon, de Bellegarde. Il hérite de la seigneurie de St Martin de Pallières par la mort sans postérité de Louis d’Escalis, son cousin et beau frère. Enfin il hérite d’Ansouis grâce au legs de Gaspard de Sabran.
Pour autant qu’on puisse le comprendre, Sextius d’Escalis mène la vie d’un noble de Province s’occupant de ses terres et participant à la vie politique locale. Il est mentionné comme chef de partie dans un conflit entre le Parlement et  l’administration royale.
Le changement de famille fait basculer Martialis dans la zone d’influence de Aix. Toutes les familles qui seront propriétaires de la maison du XVII au premier XIX°s appartiennent à la noblesse aixoise. Pour eux, la ferme est l’une de leurs propriétés où ils peuvent se retirer lorsque la chaleur de l’été rend la ville étouffante.
« Le 26 janvier 1632, Sextius d’Escalis, baron d’Ansouis, donna à prix- fait à Claude Brun, Jean Figuière, Marc et Esprit Mouret, tous maçons de Cucuron, la construction d’un corps de logis de deux étages sur cave, en blocage enduit avec deux portes et deux fenêtres en pierre de taille. L’ouvrage fut achevé́ en avril 1634 et coûta 300 livres.
La bastide de Martialis est encore mentionnée comme propriété́ seigneuriale en 1649 ». (étude Sauze-Fustier).
En 1649, Sextius est encore vivant. Il meurt de la peste l’année suivante, alors qu’il est consul. « Lors de son dernier consulat il s’exposa pour soulager le peuple affligé du mal contagieux duquel il fut lui-même atteint et il en mourut, grandement regretté du peuple, dont il avait gagné le cœur par son grand zèle pour le bien public. » (Etat de la Provence)
C’est sans doute après son décès que Martialis est vendu à la famille De Michaelis. Cette vente dont la date est inconnue permet à la maison d’entrer dans le domaine de ceux qui vont lui donner l’essentiel de son apparence actuelle.

bastide aristocratique
Martialis bastide aristocratique

Bibliographie

– P.A Fevrier (Dir.) : Inventaire Général des Monuments et des richesses artistiques de la France, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Vaucluse, le Pays d’Aigues, (Imprimerie Nationale, 1981)
– Neste Fustier, Elisabeth Sauze : Etude historique et analyse architecturale de Martialis https://dossiersinventaire.regionpaca.fr/gertrude-diffusion/dossier/demeure-bastide/9a285bce-5796-4981-b702-558421250425#top
– arbre généalogique sur Geneanet de Guillaume de Wailly (https://www.geneanet.org/profil/wailly)
– Abbé Espilly Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules …, Volumes 1-6 (1762-1770) sur Google Books
– Dominique Robert de Briançon : L’Etat de la Provence, Volume 2 (Aubouin-1693) sur Google Books
– Laurent Coste et Sylvie Guillaume : Elite et crises du XVI° au XXI° siècle Europe et Outre-mer (Armand Colin-2014) sur Google Books

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