Les iris de Camus

En ces temps de confinement, nous relisons nos classiques. Le hussard sur le toit de Giono, et la Peste d’Albert Camus sont dans les meilleures ventes, circonstances obligent.

Au début de son roman, Camus dit la sidération de tous devant l’épidémie. « Les fléaux en effet sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête[1] Cet étonnement nous l’avons eu pour le Covid 19. Lorsque l’épidémie a commencé, nous n’y avons pas vraiment cru. Si la Chine avait décidé d’interdire les déplacements, c’est que c’était un Etat totalitaire ; une ministre qui avait pris trop de précaution lors d’une précédente pandémie avait été ridiculisée. Ensuite, cette maladie touchait surtout les vieux. N’avaient-ils pas fait leur temps, ne seraient-ils pas morts d’autre chose ? Et puis le ton a changé. On a compris qu’il n’y avait pas que les vieux à mourir. Et ils sont souvent utiles. Dans les familles, le grand-père et la grand-mère ont toujours de l’argent pour faire des cadeaux à leurs petits enfants. Ils ont souvent une chambre pour les recueillir quand les couples se séparent. Politiquement, ils sont les plus fidèles soutiens de la démocratie, n’hésitant jamais à aller voter ou à participer aux dépouillements. Si l’on veut faire du pilate, du yoga ou du vélo, si l’on veut faire du chant, ou de la peinture, si l’on veut que nos dons aux Restaurants du Cœur, ou à l’épicerie solidaire servent à quelques chose, il faut bien qu’il y ai quelques bénévoles retraités. Enfin, nous espérons être entouré quand ce sera notre tour, et que la société, les amis, la famille ne nous abandonnent pas.

Tombe d’Albert Camus à Lourmarin

J’ai profité de la fin du confinement pour aller voir la tombe d’Albert Camus à Lourmarin. En 1958, il s’était acheté une maison dans le village avec l’argent du Prix Nobel. C’était une ancienne magnanerie dans la grande rue, aujourd’hui rue Albert Camus. Il meurt le 4 janvier 1960 dans un accident de voiture du coté de Macon. Son cadavre a été ramené à coté de sa maison.  Il y est encore, et sa femme l’a rejoint. 

A l’entrée du cimetière, un panneau indique l’emplacement des tombes principales. Le visiteur trouve facilement l’endroit où sont enterrés Albert Camus et sa femme. Je suis arrivé trop tard dans la saison. En effet la tombe de Camus n’a pas de dalle. Il y a juste une pierre avec son nom, et des iris et des lavandes plantés en pleine terre. Les fleurs avaient du s’épanouir pendant le confinement et étaient déjà fanées. Entre les végétaux, le visiteur voit des galets sur lesquels sont écrits quelques mots.

J’aime cette idée que le corps du philosophe serve une dernière fois à faire pousser des plantes et à permettre l’inventivité de ses admirateurs. Je n’aime pas les caveaux froids où le cadavre prétend attendre une improbable résurrection de la chair. Je déteste la crémation, un gaspillage énergétique. Pourquoi dépenser 42 mètres cubes d’hydrocarbures, pour faire ce que les micro-organismes font naturellement en quelques années [2] ?

Nous pouvons toujours  aider la nature et les autres une dernière fois. Je reviendrais à Lourmarin, si possible à temps pour voir les fleurs et j’amènerais mon galet.

Iris dans les champs

[1] Albert Camus : La peste (Gallimard ; 1947)

[2] Dossier de presse en date du 12 octobre 2017 de l’Étude sur l’empreinte environnementale des rites funéraires par les services funéraires de la Ville de Paris (cette étude compare la crémation avec l’enterrement en caveau ;  elle conclue que si la crémation est moins impactante  que l’inhumation en caveau, l’inhumation en pleine terre est la plus respectueuse de l’environnement)

L’illustration d’en-tète est un tableau de Sylvia Minasian

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