Villa Marciana

Villa Marciana

D’où vient le nom de Martialis ?
Martial, est un nom de personne, prénom ou nom de famille. Un Martial a-t-il donné son nom à cette maison et qui était-il ? Quand a-t-il vécu ? Pas de réponses connues à cette question.

L’intuition de Jacquème

Mais un érudit local, le docteur César Jacquème a proposé une identification avec un très ancien toponyme.
Jacquème était un de ces polygraphes du XIXs. Pharmacien, il a écrit divers ouvrages consacré à sa matière professionnelle, « Des matières albuminoïdes », « Histoire chimique et physiologique du protoxyde d’azote », « Étude sur le globulaire », mais aussi une «Histoire de Cadenet (Du Pagus Caudellensis) », publiée à Marseille en 1922-23, et rééditée par la maison Laffitte de Marseille en 1979. Son ouvrage n’est plus trouvable en librairie, mais il est cité par Patrick Ollivier-Elliott, auteur de « Lubéron, Pays d’Aigues, carnet d’un voyageur attentif », sans doute le guide de voyage le plus vendu sur la région.
Jacquème aurait proposé d’identifier Martialis avec la Villa Marciana décrite par le Polyptyque de Waldale.

Une villa au bord de la Durance

Une villa dans l’empire romain et l’antiquité tardive, c’est une exploitation agricole. La villa est l’unité économique de base du monde méditerranéen antique. C’est une grande exploitation, pouvant couvrir plusieurs centaines d’hectare, appartenant à un grand dignitaire, une institution religieuse, ou l’empereur. Elle est exploitée par des esclaves, ou par des colons, c’est-à-dire des serfs, attachés à une terre, et devant verser un tribut au propriétaire soit sous la forme d’une part de récolte, soit sous forme de travaux. La « villa » va survivre pendant tout le haut moyen âge, et même après l’an Mille.
La Villa Marciana est une de ces exploitations. Elle est pour la première fois citée dans le Polyptyque de Waldale. Waldale était un évêque de Marseille qui fit recenser les terres de l’évêché en 814 et 815. La villa est également citée dans un autre recensement datant de 835, qui nous est parvenu du fait de sa conservation dans le cartulaire de l’abbaye de Saint Victor. Les deux textes permettent d’avoir une idée approximative de l’emplacement de la Villa Marciana. « Le polyptyque de 835 donne une description des confronts de la villa Marciana : Durenciam, la Durance; Etam ou Ezam, rivière qu’il faut identifier non avec l’actuelle Eze, qui arrose Pertuis et la Tour-d’Aigues, mais avec le Marderic, qui arrose Ansouis et Villelaure et qu’une charte de 1076 appelle Eza ; Solariolo, un autre petit affluent de la Durance, dont le nom est peut-être conservé dans celui d’un quartier rural d’Ansouis, Soulières, Solarias en 1331, dérivé de l’hydronyme prélatin Sol- ; la terra Domadese déjà mentionnée; la villa Gaudelus [sobriquet latin cautelus : prudent ou caldelus : chaud ou, plus probablement dérivé de la racine oronymique prélatine Kal- : rocher + double suffixe -ad-ellu}, dont le nom figure sur une dédicace à Dexiva et aux Caudellenses découverte dans l’oppidum du Castellar à Cadenet. On peut donc avec vraisemblance situer la villa Marciana dans la partie du piémont du Luberon comprise entre Cadenet. Cucuron, Ansouis et Villelaure. » Pour compléter, Elisabeth Sauze, l’auteur de cette étude, rapproche deux lieux cités dans le polyptyque de 815 avec Cadenet et un lieux-dit sur Cucuron.
La Villa Marciana en 815 ne semble pas en très bon état. Le polyptyque dit qu’il y a dans la villa onze Colonia, des villages de colons, dont dix sont désertés. Notons aussi qu’il s’agit plus d’une réalité administrative que géographique.  Sur le territoire du piémont Luberon se trouvent inclus des propriétés appartenant aux églises d’Arles et de Gap (sans parler probablement de propriétés n’appartenant pas à des entités ecclésiastiques. En 835, il semble que la Villa comprend 24 Colonia, 3 moulins, deux bergeries, un grand jardin seigneurial.
L’encyclopédie du Luberon donne une autre interprétation des villages désertés. Si le nombre de villages change tellement d’un recensement à l’autre et si autant sont vides, c’est peut-être qu’il s’agissait de structures provisoires. Les habitants pratiquaient peut-être une sorte de semi-nomadisme, se déplaçant à chaque fois que la terre devenait improductive. Après tout, ils avaient peu de chose pour améliorer la terre : les brulis, les déjections humaines et animales (à une époque où faute de savoir bien arnacher les bêtes de travail il y a peu d’animaux de traits). Les frontières, les habitats ne cessaient de bouger au gré des recompositions des relations entre personnes.

Martialis et la Villa Marciana

Faut-il considérer que Martialis est le chef lieu de Marciana, comme semble l’avoir pensé le docteur Jacquéme. La proposition est tentante. Outre le rapprochement des noms, il y a la position de Martialis. La maison est sans doute sur la marge du territoire de l’exploitation, au croisement de deux routes, celle qui va de Cadenet à Grambois, et celle qui va de Cabrières d’Aigue au gué de Pertuis.
Le problème est qu’il n’y a aucune trace archéologique permettant de confirmer ce lien. Les bâtiments actuels de Martialis datent vraisemblablement du XVII et du XVIII siècles. Il n’y a aucune trace d’un édifice antérieur. La première trace dans un texte du nom Martialis date de 1615, soit exactement huit siècles après le Polyptyque. L’auteur de l’étude sur le cartulaire exécute donc le sujet en quelques lignes. « Tout le monde s’accorde à placer la villa Marciana [anthroponyme latin Marcius + suffixe -ana] dans la commune d’Ansouis (Vaucluse). Cette localisation repose sur l’identification absurde de Marciana avec Martialis, nom d’une bastide fondée au XVI’ siècle, totalement absent de la nomenclature médiévale. »
Faut-il suivre Elisabeth Sauze dans ce diagnostic brutal ? Il y a au moins un argument qui plaide pour la thèse de Jacquéme. C’est qu‘il n’y a pas d’autres candidats. Martialis est le seul toponyme actuel qui se rapproche de Villa Marciana. La maison n’était peut-être pas le chef lieu de la Villa, mais une grange, une ferme ou même une des  colonia appartenant à Marciana. Auquel cas il n’est pas étonnant qu’il n’y est plus de trace d’édifices qui étaient vraisemblablement fait de torchis et de paille.
En attendant de trouver un parchemin qui permettrait de combler ce trou, il faut se contenter de cette prudente incertitude.

Bibliographie

Patrick Ollivier-Elliott : Luberon Pays d’Aigues, Carnet d’un voyageur attentif (Edisud ; 2008)
Elisabeth Sauze : Le polyptique de Wadalde : problème de toponymie et de topographie provençales en IX siècle (revue Provence Historique, 1984)
Collectif : Le Luberon Encyclopédie d’une montagne provençale (Alpes de Lumière 2013)

Cet article, publié dans luberon, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Villa Marciana

  1. Ping : Préhistoire | Almanach de Martialis

  2. Ping : Premières traces | Almanach de Martialis

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s