Le soldat Elie Fouque

Elie Fouque
Elie Fouque

Elie Gabriel Toussaint Fouque est né le 21 juillet 1896 au Pontet, quartier d’Avignon.

Les Fouque au Pontet

Debout Antonin, Clotilde, Elie, assis Toussaint, devant Marie
Toussaint Fouque entouré de Antonin (à gauche), Clotilde (derrière), Elie (le grand à droite), Marie (devant)

Toussaint Fouque (1841-1930) est le premier de la famille à s’installer au Pontet. Il était né à Brue-Auriac dans le Var. Il a été propriétaire exploitant à Saint Vincent de Fort dans la vallée de l’Ubaye, puis employé à Gap, ainsi que dans les mines de phosphate de Tavel. De là il est arrivé au Pontet dans l’usine de Réalpanier. Celle-ci fait parti du pôle agro-chimique qui permit le développement du Pontet, et qui conduit à sa transformation en commune indépendante en 1925. Au départ, ces usines étaient spécialisées dans la fabrication de teinture rouge. Celle-ci était faite à partir de la garance, plante tinctoriale dont le Vaucluse était le premier département producteur. La découverte d’un procédé chimique de fabrication de la teinture par les allemands impose une reconversion de cette industrie. Elle se tourne vers la fabrication d’engrais à base de superphosphate. C’est ainsi que Toussaint Fouque arrive de Tavel à Réalpanier un peu avant 1896 (il apparaît dans le recensement du Pontet cette année là). Il est employé et habite dans l’usine. La tradition familiale dit qu’il aurait obtenu ce poste grâce à ses cousins Gassier. Cette famille de banquiers de Barcelonnette posséde des parts dans l’usine de Réalpanier et aurait ainsi dépanné un cousin dans la difficulté.
Le fils de Toussaint, Gabriel (1869-1946), travaille toute sa vie dans l’usine. Il est contremaître, et la tradition familiale affirme qu’il occupa le poste d’adjoint du directeur en fin de carrière. La famille habite dans l’usine (elle occupe le même logement jusqu’en 1965, année du départ à la retraite du frère d’Elie). Gabriel a quatre enfants avec Marie Arnaud :

  • Elie (1896-1916)
  • Antonin (1900-1984)
  • Suzanne (1904-1908)
  • Marie (1909-1996)

Elie est l’ainé de la fratrie. A dix-neuf ans, c’est un bel homme de 1 mètre 72, avec des cheveux châtains clairs et les yeux verts. D’après sa fiche militaire il est comptable et a sans doute commencé à travailler dans l’usine de Réalpanier.

4 Elie
l’usine de Réalpanier gardée par des soldats. On reconnait : Gabriel Fouque (troisième en partant de la droite), Toussaint Fouque (cinquième en partant de la droite), Marie Fouque (sixième en partant de la droite) . La date exacte n’est pas connue (autour ou pendant la guerre)

L’incorporation au sein du 92ème

Elie est incorporé dans le 92ème Régiment d’Infanterie le 10 avril 1915. Il arrive au corps le 11 avril. Le recrutement lui donne le matricule 1756, et le corps le matricule 8639.
Normalement, le recrutement des régiments se fait sur une base régionale. Mais lorsqu’il est appelé, les batailles de 1914 ont décimé l’armée française. Les nouvelles recrues sont réparties pour reconstituer les bataillons. C’est ainsi que Elie entre au 92ème , le régiment d’Auvergne, implanté à Clermont Ferrand.
Ce régiment est composé d’environ 3000 hommes. Il a fait quelques une des batailles majeures de 1914 : les Vosges, la Marne et Ypres en Belgique. Ceci explique sans doute qu’il est épargné pendant toute l’année 1915. Il reste sur la ligne de front, mais échappe aux grandes batailles qui se déroulent en Champagne cette année là.
De son incorporation à son décès, il n’y a pas de document connu qui mentionne Elie Fouque. Mais Il doit suivre son régiment dont le journal de campagne est publié. Il doit partager le sort de ses compagnons du même régiment.

Elie Fouque
Elie Fouque en tenue du 92ème

Entre Somme et Oise

Les recrues arrivent sur le front une fois par trimestre. Elie est donc incorporé soit en juin soit en octobre, après une période d’entrainement aux armes.
Pendant la quasi-totalité de 1915, le régiment reste sur une ligne de front dans la Somme, au sud de Roye et de Péronne, entre les villages de Tilloloy et Beuvraignes, soit à peine 2 kilomètres de front. Suivant la disponibilité Il s’y déroule une guerre d’usure, faite de bombardement par l’artillerie, de travaux de sape, qui obligent l’adversaire à tenir ses positions. A Beuvraignes, les allemands et les français occupent chacun une partie du village, et peuvent s’entendre. Ils s’engueulent réciproquement à chaque fois que quelqu’un fait un coup par surprise. Le journal de campagne du régiment enregistre des pertes presque tous les jours, un mort, deux, trois, des bléssés. Pas de grande offensive, mais une lente érosion des troupes. Elle est anonyme. Le journal de campagne ne donne pas les noms des soldats morts, parfois ceux des officiers.
Le régiment est enfin relevé le 7 décembre 1915, et cantonné entre les villages de Plainval et Ravenel, à proximité de Compiègne dans l’Oise.
Le 14 décembre un soldat du régiment, Maurice Sloutwisky est fusillé pour voie de fait sur un supérieur à Saint Morainvilliers.
Le 17 janvier 1916, le régiment retourne en première ligne au Bois des Loges, mais est relevé dès le 19 février. C’est que le 25 février il embarque à Verberie pour aller sur Verdun.

Verdun

L’année 1916 est marquée par deux grandes batailles, Verdun et la Somme.
Le général Joffre, chef d’Etat-Major de l’Armée française, a commencé à préparer la bataille de la Somme dès décembre 1915. L’effort industriel commence à porter ses fruits, et l’armement qui était déséquilibré au profit de l’Allemagne depuis le début du conflit se rééquilibre. Joffre prévoit donc de mener une attaque décisive des armées françaises et anglaises à l’été sur la Somme, coordonnée avec une attaque en Russie.
C’est pour éviter d’être attaqué simultanément par ses trois adversaires, que Falkenhaim, le chef d’Etat-Major allemand décide une attaque sur Verdun. Le lieu est le plus éloigné possible des positions anglaises. N’envisageant pas de combat décisif dans ce secteur, l’armée française a désarmé en grande partie les forts qui défendent la ville.
L’offensive est lancée par les allemands le lundi 21 février. Les allemands enfoncent les défenses sur la rive droit de la Meuse, prennent les forts et sont rapidement aux portes de Verdun. Ils sont retenus par le fait que les français tiennent la rive gauche de la Meuse d’où ils dominent les positions allemandes et peuvent le bombarder. Falkenhaim attaque donc les positions françaises au lieu dit du Mort-homme . L’offensive commence le 6 mars.
Le même jour, le 92ème arrive sur le front. Dans un très rare moment d’émotion le rédacteur du journal de marche écrit : « la canonnade est intense à l’est de Verdun, tout respire un départ prochain pour la fournaise ». Le 7 mars le régiment reçoit l’ordre de reprendre la position du Bois des Corbeaux, sur le Mort-Homme.
Le 8 mars, le Lieutenant Colonel Macker qui commande le régiment demande à l’aumônier de la division de bénir les troupes. Le 92ème attaque, reprend la position, mais l’ennemi contre-attaque. Du 8 au 13 la bataille continue de contre-attaque en contre-attaque. Le Lieutenant-Colonel Macker est tué le 10. 44 officiers et 1500 hommes sont morts pendant ces cinq jours. soit la moitié du régiment. Le 14 mars le régiment est désengagé, il a perdu l’essentiel de son encadrement et la moitié des hommes. Le 16 mars, le journal reprend les deux citations reçues par le régiment, celle du colonel Macker avant sa mort, et celle du Général de Division :
« Ordre du régiment n°170
Officiers, sous-officiers, caporaux et soldats du 92ème et de la 1er Cie de mitrailleurs de Brigade
Vous avez hier, dans un élan magnifique exécuté une contre-attaque superbe, sur un terrain plat de plus de 800 mètres et sous un ouragan de feu terrible.
L’ennemi n’a pu tenir devant votre vaillance.
Je ne trouve qu’un mot pour vous remercier. C’est en vous disant que j’ai vécu, grâce à vous ma plus belle heure de ma vie de soldat.
La France a le droit d’être fière du 92ème
9mars 1916-Bois des Corbeaux
Lnt Colonel Macker
Le Général de Bazelaire Commandant un groupement de la deuxième armée écrit
Ordre
La 52ème Brigade s’est couverte de gloire, par la vigueur de ses attaques sur le bois des Corbeaux.
Le Colonel Macker en tête, elle a tout d’abord offert son sacrifice à la Patrie, demandé l’appui de Celui qui soutient toutes les énergies, puis les cœurs hauts, les âmes fortes, elle a foncé sur l’ennemi et l’a refoulé.
Montagnard de l’Auvergne, les soldats des 92ème et 139ème Régiments ont mêlé leur sang à celui de leur chef.
C’est par la volonté de vaincre qu’on obtient la victoire. Et la victoire, nous l’aurons, parce que nous la voulons.
Gl de Bazelaire»
Les troupes sont cantonnées à l’arrière du front entre les villages de Bethelainville, et Brocourt. Ils occupent le temps à faire diverses corvées comme la garde du terrain d’aviation de Brocourt . Il aident à le niveler (Verdun est la première bataille où l’aviation joue un rôle significatif). Chaque soir, il y a corvée de pionniers pour creuser des tombes afin d’inhumer les soldats qui meurent dans les ambulances. Le 20 mars, un nouveau chef, le Colonel Lejeune arrive la tète du régiment.
Le 25 mars le régiment prend la route pour retourner vers l’arrière. Le 3 avril, il embarque dans quatre trains à Saint Eulien à coté de Saint Dizier. Les trains l’emmènent dans de nouveaux cantonnements dans l’Oise. Le 6 avril un premier recomplètement a lieu avec l’arrivée d’un lieutenant, 6 sous-lieutenants et 726 sous-officiers et soldats.
Le 92ème ne revient plus à Verdun, malgré que la poursuite de la bataille jusqu’à la fin de l’année 1916. Les combats continuent sur la commune de Cumière-Mort-Homme qui deviendra l’une des neufs communes « mortes pour la France ». En effet le terrain est tellement bouleversé et jonché de munitions qu’il n’est pas possible de s’y réinstaller.

Entre l’Oise et la Somme

Du 6 au 24 avril, le régiment est au repos, les hommes s’entrainent, plusieurs remises de décoration, légion d’honneur ou croix de guerre ont lieu pour féliciter les hommes de leur comportement au Mort-Homme.
Le 26 avril, le régiment est à nouveau sur le front à coté du village de Plessy-Brion au nord de Compiègne.
Il revient dans la routine de 1915, avec des combats sporadiques, de petits accrochages, des tirs contre les avions qui circulent au dessus des troupes. En mai et juin, le régiment reste sur place. Il y a peu de mort. Les combattants se provoquent. Les français fêtent bruyamment une victoire sur le front russe. Un peu plus tard, les allemands lèvent des pancartes pour annoncer une prise de position et plaindre les pauvres français enlisés à Verdun.
Cette routine s’achève le 1 juillet 1916. Le régiment est relevé après deux mois sur le front, et retourne dans la région de Compiègne. Les quinze premiers jours sont consacrés au repos, et les suivant à l’entrainement pour repartir en forme au combat. Ils s’entrainent sur le camp de Thory-Mailly à coté de Compiègne.
Le 30 juillet, le régiment retourne en première ligne entre Maucourt et Fouquescourt, entre Roye et Péronne. Ils sont à peine à une vingtaine de kilomètres du secteur où ils ont passés l’année 1915, Mais dès le 10 août le régiment est relevé.

Tombe de Elie fouque
la tombe de Elie Fouque à Lihons vers 1965

La bataille de la Somme

Elle a commencé le 1 juillet.
La bataille de la Somme n’est plus l’attaque décisive que prévoyait Joffre en 1915. L’armée française est enlisée dans la bataille de Verdun. Elle n’a plus les troupes disponibles pour mener une action d’envergure sur la Somme. Par contre elle a besoin d’une diversion pour soulager les troupes qui combattent à Verdun.
Cette offensive est menée principalement par les troupes britanniques avec un appui au sud par les français. Pendant une semaine un feu roulant de l’artillerie vise à briser les défenses allemandes. Le 1er juillet, les troupes anglaises et françaises montent à l’assaut. Ce 1 juillet sera appelé le « Black Saturday ». Environ 20000 « tommies » sont tués, 35000 sont blessés. Sur les 100 000 hommes engagés plus de la moitié est hors de combat. Ces pertes ne sont pas compensées par des gains significatifs. Les lignes allemandes ne sont pas percées. Plusieurs raisons. D’abord l’efficacité insuffisante du tir de barrage préalable. Les allemands occupent le terrain depuis 1914 et ont eu le temps de construire des abris profonds. Ensuite, les soldats britanniques sont relativement inexpérimentés L’armée de conscription n’a été levée qu’en 1915 et n’a participée à aucune grande bataille. Puis, l’été pourri de 1916 contrarie les grandes offensives. Enfin les commandements ne sont pas unifiés. Anglais et français combattent chacun leur coté. Il n’y a pas de commandement commun, seulement des conférences de coordination régulières.
Malgré les pertes, et sur l’insistance des français, la bataille continue. Les résultats de juillet sont contrastés. Face aux pertes qu’ils subissent, équivalentes à celles des alliées, les allemands retirent des troupes de Verdun ce qui desserre l’étau sur la ville. De l’autre, les gains de terrain sont réduits au regard des pertes humaines constatées. En août, la bataille s’essouffle, se transformant en une série d’escarmouche.
Les Etats-majors décident enfin qu’il faut se réorganiser pour lancer une bataille décisive en septembre. Ils choisissent aussi d’élargir le front vers le sud. Il faut obliger les allemands à étirer leurs troupes avec l’espoir de les faire craquer et d’enfin arriver à faire la percée décisive. C’est pourquoi il est décidé d’attaquer le village de Chaulnes, qui est occupé par les allemands depuis 1914. Cette position est au sud du champ de bataille précédent. Elle est aussi à 5 kilomètre au nord de Maucourt où se trouve stationné le 92ème.

L’assaut de Chaulnes

A partir du 10 aout, l’emploi du temps du régiment se modifie. Chaque jour, l’activité change, ce qui n’était pas arrivé jusque là. Alternent jours de repos, d’entrainement sur le terrain de Thory-Mailly, période de garde sur la ligne de front, et travaux de reconstruction des tranchées et des boyaux d’accès.
CHAULNES 1916L’artillerie et l’aviation se testent des deux cotés « journée plus agitée qu’à l’ordinaire en raison de la surveillance très étroite des deux artilleries qui cherchent à détruire tous les travaux nouveaux. Notre première ligne reçoit 44/77, 56/105, 70/150 et 4/210. Le PC du colonel reçoit en quelques instants 80 obus de 150 et de 210. » (24 août).
Le régiment occupe une position à l’ouest de Chaulnes, au sud du village de Lihons. Il y a deux lignes de tranchées. Celles-ci sont reliées par des boyaux qui permettent de faire monter et descendre les troupes. Ceux-ci portent des noms pittoresques, liés à des caractéristiques du terrain : boyaux du calvaire, boyau de la maisonnette, boyau des Saules, boyau du débris, du hanneton, du perdreau.
Enfin la préparation d’artillerie commence vraiment le 30 août. « Malgré une grosse pluie qui ne cesse pas, l’activité est grande de part et d’autre ; les artilleurs français tirent lentement mais sans arrêt. Les allemands ne semblent pas vouloir contrebattre les batteries, ils se limitent à des tirs sur les premières lignes et les boyaux. » (30 août). Ces tirs limités, parviennent à crever un abri où se trouvent des hommes du 92ème. 4 sont tués et 11 sont intoxiqués par les gaz.  « Journée très belle. Les avions français sortent en grand nombre pour les réglages de la grosse artillerie qui lance dans la journée 6500 obus sur le secteur ennemi en face de celui du régiment ; les batteries de 75 du secteur lancent 100 obus par pièce et par heure. L’artillerie de tranchée tire presque sans arrêt. » (31 août)
Enfin le 2 septembre, le régiment est relevé de la première ligne, remplacé par le 139ème. « Après la relève très longue à cause de la longueur des boyaux et de la nuit noire, les bataillons se rassemblent au bois des Ballons entre Caix et Le Quesnel et vont cantonner à Hangest en Santerre où ils arrivent à 10h. »
« Le régiment, relevé dans la nuit du 1er ou 2 septembre des tranchées de Lihons où il avait préparé le terrain pour l’attaque depuis le 15 août. et cantonné à Hangest quittait cette localité le 3 septembre à 22 heures, pour venir se placer en réserve de Division dans les boyaux et tranchées de 2ème ligne en arrière du 139ème d’infanterie, chargé de l’attaque de droite pour la journée du 4 septembre. »
Le 4, le régiment monte dans les tranchées de première ligne pour remplacer le 139ème.
Et le 6 il reçoit l’ordre d’attaquer Chaulnes à 16h.
« A l’heure dite, les 4 compagnies formées chacune en deux vagues par pelotons accolés sortent de leurs tranchées avec un ensemble et un entrain admirables et se dirigent sur leurs objectifs.
2 sections dans chaque compagnie de mitrailleuses suivent le mouvement. Les 1eres et 5ème compagnies les remplacent immédiatement dans la tranchée Ferdinand.
La 9 compagnie et une section de mitrailleuses du 3ème bataillon se portent dans la tranchée Huss entre le boyau Mieg et la voie ferrée. Les objectifs sont atteints en 20 minutes. » Dans le détail, c’est moins brillant.
La deuxième compagnie avance trop vite. « Le commandant de la compagnie, entrainé par le succès, entraine ses hommes aux cris de « En avant ! » et par le boyau Hans er la voie ferrée arrive à proximité de la gare . Il se produit là un corps à corps et un combat à la grenade.
Ce mouvement est facilité par la section de mitrailleuse de l’adjudant Jury, qui fauche tout ce qui se trouve aux abords. Dans leur ardeur les hommes ne pensent pas à allumer les pots Ruggieri pour signaler leur avancée.
Cette compagnie est prise alors sous le feu de nos 75, des mitrailleuses ennemis placées sur la voie ferrée Chaulnes-Roye ; les officiers sont mis hors de combat ; les hommes refluent alors en arrière par petits groupes. Le commandant de la compagnie blessé grièvement reste sur le terrain. »
« Le peloton de gauche (sous-lieutenant Dessain) arrive à la tranchée des sélénites ; il seconde activement la 7ème compagnie qui est à sa gauche pour l’enlèvement de la demi-lune. Le sous-lieutenant Dessain est tué et le commandement du peloton passe au sergent Chazal qui continue à contribuer à l’enlèvement de la demi-lune. » « la 6ème compagnie arrive à 16h 10 dans un fossé précédant la tranchée des sélénites. Arrêtés un instant par des réseaux de fil de fer barbelés non détruits , un barrage de grenades et un feu nourri de mitrailleuses, les hommes franchissent l’obstacle d’un magnifique élan et s’emparent de cette portion de la tranchée des sélénites. »
Même les équipes de soutien subissent des pertes. Les pionniers et porteurs de mitrailleuses qui amènent le matériel sont bombardés dans les anciennes positions en particulier la tranchée Ferdinand.
Le combat ne s’arrête pas avec le premier élan. Il faut encore consolider les positions, résister aux contre-attaques adverses. Le combat continue jusqu’au lendemain sans interruption.
Pendant ces combats qui durent 4 jours, il y a 81 morts et 301 blessés (le journal du régiment ne fait pas de détail du 3 au 7 septembre).
Elie Fouque est mort pendant cet assaut. Son livret militaire indique qu’il a été tué à l’ennemi le 7 septembre 1916 au combat de Chaulnes. La fiche remplie par le régiment est raturée. Elle porte d’abord le 7, puis le 6 septembre dans les tranchées sud de Lihons. L’acte de décès transcrit dans l’état civil du Pontet indique qu’il est mort à 17h30 le 6 septembre dans les tranchées sud de Lihons. Le fait aurait été rapporté à l’officier d’état civil sur le front par l’adjudant Louis Boueix et le soldat Lucien Chalmin. En fait selon, la position qu’il occupait dans le régiment, en première ligne ou en soutien, il peut avoir été tué à l’une ou l’autre position, un jour ou un autre.
Une tradition familiale dit qu’il serait mort pendant la corvée de soupe. C’est possible. La corvée de soupe nécessitait de retourner à l’arrière pour récupérer les rations auprès des cantines, et de remonter lourdement chargé à travers les boyaux de liaison. Pour peu que les bombardements aient détruits ces boyaux, il faut passer à découvert. C’était donc un moment particulièrement dangereux.
C’est toutefois improbable si l’heure est bien celle de l’état civil qui place le décès une heure après la vague d’assaut du 6.

Après la mort d’Elie

Sa famille est avertie par un courrier dont elle a gardé l’exemplaire. Il apparaît sur le monument aux morts du Pontet, placé à coté du tombeau familial où seront enterrés son père et sa mère ainsi que son frère et son épouse.

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Antonin Fouque devant la tombe de son frère, à sa droite sa femme Marthe, puis Françoise Fouque et Yolande Fouque

Son frère Antonin reprend le poste de comptable à l’usine de Réalpanier qu’il garde jusqu’à sa retraite en 1965. D’après la tradition familiale, Il ne sera pas appelé sous les drapeaux, du fait du sacrifice de son frère (il fera son service au Maroc après la guerre).
Sa sœur Marie donne son prénom à son premier enfant.
Le corps d’Elie est enterré dans la nécropole de Lihons, à coté de Roye. Celle-ci a été créée dès 1915, les combats dans la région ayant commencé en 1914. Le front est resté entre Lihons et Chaulnes pendant presque toute la guerre, de 14 à 18. Les cadavres des soldats français morts dans la région ont progressivement été regroupés dans cette nécropole qui contient 6.581 corps. La famille n’est allée voir la tombe pour la première fois qu’autour de 1965. Elle y est retournée régulièrement depuis.

7 Elie
Le cimetière de Lihons

Bibliographie.

A chaque fois dans le texte qu’il est question de tradition familiale, c’est que l’information s’est transmise oralement et qu’il n’y a pas de document à l’appui.
Les photos ne sont ni datées, ni nominatives, c’est aussi la tradition familiale qui permet de désigner les personnes. L’auteur remercie sa tante Suzanne et et sa cousine Mireille Chiousse, ainsi que ses cousins Annie et Albert Jacob pour leurs informations et leurs photos.
Documents consultés aux Archives du Vaucluse
Registre Etats civil naissance et décès du Pontet
Dossiers des matricules année 1916
Recensement Avignon 1901 et 1906
Documents consultés sur Mémoire des hommes
Base des morts pour la France : fiche de Gabriel Toussaint Fouque
Journal des marches et opérations du 92ème régiment d’infanterie (1 mai 1915 à 5 mai 1916) (cote 26 N 669/2) et (6 mai-31 décembre 1916) (cote 26 N 669/3)
Ouvrages utilisés pour décrire le contexte
Hervé Signore : Le Pontet naissance d’une commune 1800-1925 (A.Barthélémy ; 2005)
François Cochet et Rémi Porte : Dictionnaire de la Grande Guerre 1914-18 (Robert Laffont ; 2008)
Alain Denizot : La bataille de la Somme juillet –novembre 1916 (Perrin ; 2006)
Jean-Michel Steg : Le jour le plus meurtrier de l’Histoire de France 22 août 1914 (Fayard ; 2013)
Antoine Prost et Gerd Krumeich : Verdun 1916 (Taillandier ; 2015)

Carnaval, veille de carême

 

Carnaval, fête des fous, a été placée par le catholicisme juste avant mardi-gras, le moment qui ouvre la période de jeune du carême. Dans notre France laïque, nous avons oublié la signification de cette fête que nous ne fêtons plus guère. Sauf à Dunkerque et Nice elle est devenue une fête des enfants.

Les allemands continuent largement à la fêter. Chaque ville ou village a son carnaval. Mais il est vrai qu’ils ont une relation plus décontractée que la notre à la religion. Ils ont historiquement deux religions dominantes, le catholicisme et le protestantisme. Le souvenir de la guerre de Trente ans (1618-1648) est partout présent, dans les édifices des cultes reconstruits, dans les colonnes dédicataires qui ornent les places. Pour ceux qui auraient oubliés, la Shoah, le massacre des juifs par les nazis a constitué une piqure de rappel. La question religieuse n’a pas le même caractère hystérique qu’en France. Ils ont appris à vivre avec, et avec une multitude de religions, et de cultures, ce que les français ont de plus en plus de mal à faire, la laïcité est juste une volonté de vivre ensemble, et non une demande d’uniformiser, et d’obliger tout le monde à s’habiller de la même manière, à manger de la même façon.

Le cimetière juif de Worms

Le cimetière juif de Worms en Rhénanie-Palatinat est un endroit magnifique, plein de mélancolie, et qui a résisté à l’érosion du temps et aux persécutions. Vous trouverez ci-joint la traduction du texte anglais placé à l’entrée du cimetière.

1worms-fotor01Esquisse Historique

« Heiliger Sands » est le plus vieux cimetière juif d’Europe. Il fut installé au onzième siècle, à peu près en même temps que la construction de la synagogue (1034). La stèle la plus ancienne est datée de 1059, la plus proche est la tombe de Yaakov haBachur (1077).
Située à côté du mur de la cité, c’est-à-dire en dehors de la zone d’habitation, le cimetière était d’abord entouré par son propre mur édifié en 1260. L’extension des défenses de la ville au XIVème siècle l’a placé dans une situation inconfortable entre les murs intérieurs et extérieurs. Il fut régulièrement sujet à des dégradations et des violations, par exemple pendant le pogrom initié par les guildes de Worms en 1615. Après cette période troublée, un riche donateur, David Oppenheim, mort en 1642, fit redessiner et rénover l’entrée du cimetière. La destruction des murs de la cité pendant la guerre de succession du Palatinat (1689) rendit possible l’extension du cimetière vers l’ouest au-dessus du sommet du rempart. Cette zone fut utilisée jusqu’en 1911, et certaines familles continuèrent à enterrer leurs morts jusqu’en 1938.

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La partie ancienne, vue en direction de la vallée des rabbins

Heiliger Sands a survécu à la persécution de la période national-socialiste sans dommage majeur, et la restauration des murs du cimetière et de la zone d’entrée en 1956 ont refait de ce monument ancien un ensemble unifié.

Les tombes

La communauté juive de Worms a existé du XIème siècle jusqu’en 1942, aussi le cimetière

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tombe de la partie ancienne

juif fut utilisé constamment du onzième au milieu du vingtième siècle. La durée exceptionnelle de cette période et la richesse des inscriptions sur les stèles donne au cimetière son atmosphère unique, religieuse, culturelle et historique. Aujourd’hui, il contient environ 2500 stèles, divisées en deux groupes principaux : d’abord la grande zone du Moyen-Age et des premiers temps modernes, puis les tombes postérieures à 1689 sur le terrain plus élevé à l’ouest. Sur les 1300 stèles environ de la partie la plus ancienne, plus de 800 peuvent être datées entre 1059 et 1519. Elles ont été photographiées, et leurs inscriptions ont été éditées, traduites et commentées par l’Institut S.L Steinheim en charge de l’Histoire de la culture germano-juive à l’Université de Duisburg-Essen, en coopération avec la Direction générale de l’Héritage culturel de Rhenanie-Palatinat et l’université d’Heidelberg. Le résultat est publié en ligne sur le site de l’Institut Steinhem.
Connu familièrement comme la « vallée des rabbins», le coin sud du cimetière contient de nombreuses tombes de rabbins et d’érudits. Les tombes les plus anciennes sont sur la bande qui suit les vieux remparts. Elles témoignent de la première floraison de la communauté juive de Worms aux XI et XIIème siècle. Près de l’entrée se trouvent les tombes les plus fréquemment visitées dans le cimetière, celles du célèbre savant dans la loi juive, le Rabbin Meir Ben Baruch, connu comme « Maharam de Rothenburg » (né à Worms en 1215-mort en emprisonnement en 1293), et à sa droite celle de Alexander

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tombe de Meir Ben Baruch et Alexander Salomo Wompfen

Salomo Wompfen (mort en 1307). Celui avait négocié la libération des restes de Meir en 1307. Les tombes de ces personnalités particulièrement vénérées se distinguent par des lumières et des notes de prières laissées par de pieux visiteurs.

Le dessin des stèles

Les stèles juives sont généralement de forme réduite. Leur caractéristique principale est     l’inscription, parfois calligraphiée, contenant des citations des Ecritures et la référence au nom, à la fonction ainsi que les activités et l’influence du décédé.

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Tombe de la partie moderne

Les inscriptions honorent ces sujets avec une grande variété de formes, certaines fixes, ou librement inventées. Elles peuvent être embellies avec des rythmes, des mètres ou avec des symboles, des ornements ou des chronogrammes. Dans la dernière période, les illustrations des noms de maison sont frequement utilisées, avec des images de cerf, de bœufs rouges, ou de paires d’échelles, etc. Moins fréquent à Worms, sont les mains de Cohen étendues pour bénir, ou le pichet lévitique.

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mains de Cohen

Les stèles les plus anciennes sont principalement rectangulaires, un peu martelées sur la base, la plus vieille avec des lignes droites. Depuis le XIIème siècle, la surface portant l’inscription est souvent entourée d’un cadre et ces cadres peuvent prendres des formes architecturales comme des arches ou des fenêtres gothiques ou romanes, indiquant – comme dans le cas de la synagogue- que les maçons du chantier de la cathédrale travaillaient pour la communauté juive de Worms. Un exemple de la relation proche entre la synagogue et le cimetière est la stèle de Meir ben Joel haKohen (1224) dont le dessin ressemble au porche roman de la synagogue des femmes, construite par Meir ben Joel et sa femme Judith bat Joseph en 1213.

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Visiteuses dans la partie moderne

Comme les stèles médiévales, celles des derniers siècles reflètent les goûts et les styles de leur époque. Depuis plus de mille ans, Heiliger Sands a rempli son devoir de préserver la mémoire de la mort « jusqu’à la fin des temps ».

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